Une nouvelle voie pour les béatifications et canonisations : "L'offrande de la vie"

 Depuis le 11 juillet 2017 existe une troisième voie pour les béatifications et canonisations  :"L'offrande de la vie".

Avant cette date, il y avait seulement de types de  procédures
                       - le décret sur l'héroïcité des vertus, puis reconnaissance d'un miracle, béatification
                       - la reconnaissance du martyre, béatification

Maintenant, une troisième voie a vu le jour : 
                        - le décret de reconnaissance de "L'offrande de la vie", puis reconnaissance d'un miracle, béatification

 

 EXTRAITS de la LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE « MOTU PROPRIO » DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS

MAIOREM HAC DILECTIONEM SUR L'OFFRANDE DE LA VIE

«Nul n’a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis» (Gv 15, 13).

Les chrétiens qui, suivant de plus près les pas et les enseignements du Seigneur Jésus, ont offert volontairement et librement leur vie pour les autres et ont persévéré jusqu’à la mort dans cette intention, sont dignes d’une considération et d’un honneur particuliers.

Il est certain que l’offrande héroïque de la vie, suggérée et soutenue par la charité, exprime une imitation véritable, pleine et exemplaire du Christ, et mérite donc une admiration que la communauté des fidèles réserve d’ordinaire à ceux qui ont accepté volontairement le martyre du sang ou ont exercé de façon héroïque les vertus chrétiennes.

Avec le soutien de l’avis favorable exprimé par la Congrégation pour les causes des saints qui, au cours de la session plénière du 27 septembre 2016, a étudié avec attention si ces chrétiens méritent la béatification, j’établis que soient observées les normes suivantes:

Art. 1 :L’offrande de la vie est un nouvel élément de l’iter de béatification et de canonisation, qui se distingue des éléments sur le martyre et sur l’héroïcité des vertus.

Art. 2 : L’offrande de la vie, afin d’être valide et efficace pour la béatification d’un serviteur de Dieu, doit répondre aux critères suivants:

l’offrande libre et volontaire de la vie et l’acceptation héroïque propter caritatem d’une mort certaine et à court terme;
b) le lien entre l’offrande de la vie et la mort prématurée;
c) l’exercice, tout au moins de façon ordinaire, des vertus chrétiennes avant l’offrande de la vie, puis jusqu’à la mort;
d) l’existence de la renommée de sainteté et de signes, tout au moins après la mort;
e) la nécessité du miracle pour la béatification, ayant eu lieu après la mort du serviteur de Dieu et par son intercession.

(…)

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 11 juillet, cinquième année de notre pontificat.

FRANÇOIS

source : Motu proprio

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jeudi 16 février 2012

Principales étapes des procès de béatification et de canonisation

Les règles de canonisation ont souvent changé au cours des siècles.
Actuellement, la Constitution apostolique du 25 janvier 1983 DIVINUS PERFECTIONIS MAGISTER a fixé la procédure à suivre dans les enquêtes pour les causes des saints qui seront faites à l'avenir par les évêques et ce document a été précisé par l’instruction Sanctorum Mater du 17 mai 2007.

Ces documents montrent bien qu’il s’agît d’une procédure complexe.
La rigueur est nécessaire dans l’étude de ces causes.
Voici ci-dessous les grandes lignes des étapes d’un procès de béatification et canonisation, sans rentrer dans les détails et cas particuliers.

Débuts d’une cause :

N’importe quel fidèle chrétien ou une association de fidèles peut demander à l’évêque du lieu la béatification d’une personne décédée ayant une réputation de sainteté, au plus tôt cinq ans après la mort de celle-ci.

Lorsque cette demande est acceptée par l’évêque, une enquête préliminaire est réalisée. Le requérant appelé acteur choisit, avec l’accord de l’évêque, un postulateur chargé de promouvoir la cause.

L’évêque adresse à Rome, à la Congrégation pour les Causes des Saints (CCS), un document présentant la personne et l’intérêt que pourrait avoir sa béatification.

Après avoir reçu le « nihil obstat » du Saint Siège, (c’est-à-dire « aucun empêchement » à l’ouverture de cette cause), c’est à l’évêque que revient le rôle de procèder à l’ouvertue officielle de la cause en signant le libellé de requête  « Supplex Libellus » à la demande du postulateur.
 Mais avant de signer la supplique, l'évêque consulte  les évêques de la région sur l'opportunité d'introduire cette cause.
La personne dont la cause de béatification est ouverte officiellement est alors appelée « serviteur de Dieu ».
Dans le cas où l’évêque interromprait l’étude de la cause, l’appellation de « serviteur de Dieu » ne serait plus utilisée.

Enquête diocésaine :

L’enquête diocésaine officiellement ouverte, un tribunal est constitué avec notamment le postulateur et un promoteur de justice chargé de vérifier la validité des documents et la pertinence de l’argumentation.
Le tribunal enquête sur la vie, les vertus et la réputation de sainteté du serviteur de Dieu.
Il procède à l’interrogatoire des témoins qui déposent sous serment.

L’enquête diocésaine terminée, ses travaux sont envoyés à la CCS à Rome.

La CCS à Rome procède en plusieurs étapes :

  • Ouverture du dossier

  • Après une étude des éléments du dossier est signé par le préfet de la CCS un décret de validité du procès diocésain

  • Après une étude approfondie du dossier par des experts en lien avec le postulateur, le préfet de la CCS peut proposer  au pape de signer
        - le Décret sur l’héroïcité des vertus le serviteur de Dieu a alors le titre de Vénérable.
        - ou la reconnaissance du martyre. Le serviteur de Dieu peut alors être directement béatifié

  • Pour pouvoir être béatifié, un miracle doit être reconnu par l’Eglise (non nécessaire pour les martyrs).
    Une nouvelle enquête est faite sur le présumé miracle avec l’aide de médecins, s’il s’agit d’une guérison.
    Le préfet de la CCS peut alors proposer au pape de signer le décret de reconnaissance de miracle.
    Leserviteur de Dieu est alors « béatifiable ».
     
  • Sur proposition du préfet de la CCS, le pape, s’il l’estime opportun, peut signer le décret de béatification et fixer une date pour la béatification. Depuis septembre 2005, ces béatifications ont lieu dans le diocèse d’origine.
    le serviteur de Dieu reçoit alors le titre de  Bienheureux.

           Le bienheureux a droit à un culte local dans son diocèse ou sa congrégation.

De la béatification à la canonisation :

  • Pour que le serviteur de Dieu puisse être canonisé, un deuxième miracle doit être reconnu et celui-ci doit avoir eu lieu après la béatification.
    Une nouvelle enquête diocésaine est alors ouverte sur le miracle présumé.
    Les documents sont envoyés à Rome, et après étude par la CCS,  c’est le pape qui doit à nouveau signer le décret de reconnaissance du miracle sur proposition du préfet de la CCS.

      - Voici un exemple avec la bienheureuse Elisabeth de la Trinité

  • Après la reconnaissance du second miracle, le pape peut décider de signer le décret de canonisation.
     Après la canonisation, qui se fait toujours à Rome, le serviteur de Dieu sera alors appelé Saint.

         Un saint a droit à un culte dans le monde entier.

Remarque : Le pape a le droit de ne pas respecter ces procédures habituelles, voir l'article suivant sur les "canonisations équipollentes" et la canonisation de JeanXXIII

 

 

dimanche 27 avril 2014

Canonisations équipollentes

En quoi consiste cette procédure spéciale, la “canonisation équipollente” qui "a toujours été présente dans l’Église et qui est mise en œuvre régulièrement, à défaut de l’être fréquemment" ?

 Le cardinal Angelo Amato, préfet de la congrégation pour les causes des saints, l’a expliqué dans "L'Osservatore Romano" du 12 octobre 2013 :

"Pour cette forme de canonisation, d’après la doctrine de Benoît XIV, trois éléments sont nécessaires :

1- la possession ancienne d’un culte ;

2- l’attestation constante et répandue des vertus ou du martyre par des historiens dignes de foi ;

3- la réputation ininterrompue d’accomplissement de prodiges".

Et le cardinal Amato de poursuivre :

"Si ces conditions sont remplies – c’est encore la doctrine du pape Benoît XIV,  Prospero Lambertini – le souverain pontife peut, de sa propre autorité, procéder à la 'canonisation équipollente',
c’est-à-dire à l’extension à l’Église universelle de la récitation de l’office divin et de la célébration de la messe [en l’honneur du nouveau saint],
sans aucune sentence formelle définitive, sans aucun processus juridique préalable, sans accomplissement des cérémonies habituelles"
.

En effet le pape Lambertini lui-même  énumère douze cas de saints qui avaient été canonisés de cette façon avant son pontificat (1740-1758).

Il s’agit de : Romuald (canonisé en 1595),
Norbert (1621),
Bruno (1623),
Pierre Nolasque (1655),
Raymond Nonnat (1681),
Étienne de Hongrie (1686),
Marguerite d’Écosse (1691),
Jean de Matha et Félix de Valois (1694),
Grégoire VII (1728),
Wenceslas de Bohême (1729),
Gertrude de Helfta (1738).

Ensuite, toujours dans "L'Osservatore Romano" du 12 octobre dernier, le cardinal Amato énumère également les "canonisations équipollentes" qui ont eu lieu après le pontificat de Benoît XIV :

Pierre Damien et Boniface martyr (canonisés en 1828) ;

Cyrille et Méthode de Thessalonique (1880) ;

Cyrille d’Alexandrie, Cyrille de Jérusalem, Justin martyr et Augustin de Cantorbéry (1882) ;

Jean Damascène et Sylvestre abbé (1890) ;

Bède le vénérable (1899) ;

Éphrem le Syrien (1920) ;

Albert le Grand (1931) ;

Marguerite de Hongrie (1943) (par Pie XII)

Grégoire Barbarigo (1960)  (par Jean XXIII)

Jean d’Avila ainsi que Nicolas Tavelic et ses trois compagnons martyrs (1970) (par Paul VI)

Marc de Križevci, Etienne Pongrácz et Melchior Grodziecki (1995)   (par Jean Paul II)

Comme on peut le constater, Jean-Paul II, bien qu’il ait à lui seul proclamé plus de saints et de bienheureux que tous ses prédécesseurs réunis – à partir de l’époque où les papes se sont réservé ce pouvoir – n’a eu recours qu’une seule fois à la procédure de la "canonisation équipollente".

De même Benoît XVI ne l’a utilisée qu’une seule fois, pour Hildegarde de Bingen, proclamée sainte le 10 mai 2012.

En revanche le pape François a déjà employé cette procédure exceptionnelle à trois reprises.

Le 9 octobre 2013 pour Angèle de Foligno (1248-1309)

le 17 décembre suivant, pour le jésuite Pierre Favre (1506-1546).

le 2 avril 2014 pour le jésuite Anchieta, sœur Marie Guyart (Marie de l'Incarnation) et l’évêque François de Montmorency-Laval.

En pratique, il n’y a que Léon XIII qui ait employé cette modalité spéciale davantage que le pape actuel ne l’a fait en une seule année de pontificat.
Il y a recouru un peu plus fréquemment, même si c’est au cours d’une période de vingt ans (entre 1880 et 1899) et s’il l’a appliquée à des personnalités du premier millénaire de l’ère chrétienne, à la seule exception de Sylvestre abbé, qui vivait au lointain XIVe siècle.

En somme, le pape François, même s’il aime la simple appellation d’évêque de Rome, exerce pleinement les prérogatives qui lui reviennent en sa qualité de souverain pontife de l’Église universelle, y compris en ce qui concerne la politique de canonisations.

Or cette politique est particulièrement délicate parce que, d’après la doctrine actuellement en vigueur et en dépit des opinions contraires que l’on trouve chez les théologiens, les canonisations engagent –contrairement aux béatifications – le magistère infaillible de l’Église.

En effet, lorsque le motu proprio "Ad tuendam fidem" de Jean-Paul II a été promulgué, en 1998, il a été accompagné d’une “Note doctrinale" présentée en annexe et signée par celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger.
Dans cette note "les canonisations des saints" sont citées de manière explicite parmi "les doctrines proposées infailliblement" par l’Église "de manière définitive", en même temps que d’autres doctrines telles que l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes, l’illicéité de l’euthanasie, l’illicéité de la prostitution et de la fornication, la légitimité de l’élection d’un pape ou de la célébration d’un concile œcuménique, la déclaration de Léon XIII relative à l’invalidité des ordinations anglicanes.

Remarque : Voilà pourquoi, dans ce domaine, on peut également considérer comme spectaculaire la décision prise par le pape François de procéder à la canonisation de Jean XXIII - le 27 avril - selon la procédure ordinaire, mais sans qu’un miracle attribué à l’intercession de celui-ci et survenu après sa béatification ait été vérifié canoniquement.

Il s’agit là d’une dérogation particulièrement éclatante.
C’est précisément dans l’exercice de son pouvoir de souverain pontife que François a décidé que pour canoniser Angelo Roncalli, il n’était pas nécessaire, à titre tout à fait exceptionnel, qu’il y ait eu un miracle et que la constante réputation de sainteté qui entoure la personne de Jean XXIII ainsi que la “fama signorum” - c’est-à-dire les grâces qu’on lui attribue et qui continuent à faire l’objet de témoignages, même si aucune d’entre elles n’a été certifiée canoniquement en tant que miracle en bonne et due forme - seraient suffisantes.

En pratique, sur ce point aussi, François a utilisé au maximum le pouvoir pontifical dont il dispose en tant que chef de l’Église universelle, pour prendre une décision qui paraît être sans précédent dans le domaine des causes de canonisation concernant des personnes n’ayant pas subi le martyre.

Source http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350746?fr=y

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