AVANCONS VERS LA SAINTETE  AVEC NOS FRAGILITES ET NOTRE VULNERABILITE

Bernadette lance un jour à ses sœurs, au couvent de Nevers : " je voudrais qu'on nous parle des défauts des saints et ce qu'ils ont fait pour se corriger. Cela  nous servirait bien plus que le récit de leurs miracles ou de leurs extases ! "

Le pape Paul VI écrit en 1963 : " A notre époque, nous voulons découvrir dans les saints ce qui les rapprochent de nous plutôt que ce qui les distingue de nous. Nous voulons trouver en eux des frères de notre labeur et peut-être aussi de notre misère pour nous sentir en confiance avec eux ".

Le frère Bernard-Marie, tertiaire franciscain, explique : " La sainteté chrétienne n'est jamais à envisager comme un dur travail herculéen, mais plutôt comme l'accueil d'un sauveur ami qui souhaite compagnonner avec chacun et le familiariser progressivement à la vie d'amour surnaturel ".

Combien d'entre nous se font encore une image fausse de la sainteté ! Elle nous paraît inaccessible, bonne pour les faiseurs de miracles qui entrent en extase et qui se livrent à de sévères pénitences physiques. Nous la croyons réservée à des êtres d'exception, aux prêtres et aux religieux qui ont, dit-on, "choisi la meilleure part ".

Gilbert Cesbron n'a peut-être pas tort de noter : " Jusqu'à récemment, l'Église ne nous parlait pas beaucoup des laïcs ! Elle ne promouvait guère que ses gens à Elle. Il fallait être pape, évêque ou religieux, vierge ou martyr pour avoir l'estampille…C'est un des reproches que j'oserais faire à ma Mère l'Église : … Que nous avions plutôt vocation d'ouailles que de saints à ses yeux ".

Nous pensons aussi, encore trop souvent, que les saints sont exempts de faiblesses et de défauts.

Jean Paul II rappelle aux jeunes à Lyon en 1986 : " Les saints sont demeurés les plus humains des hommes, mais la lumière du Christ a pénétré toute leur humanité ".

Les saints nous ressemblent, ils ont comme nous leur fragilité :

Au 17 ème siècle, monsieur Olier, le fondateur des prêtres de Saint Sulpice, connaît une longue période d'errance. Pendant deux ans, il n'arrive plus à prêcher, à confesser, il perd la mémoire et se méprise tellement qu'il lui arrive souvent de vouloir mourir. Il lutte longtemps avant de découvrir que le seul remède est de cesser de se juger, et de se jeter en Dieu pour qu'il puisse faire, avec nous, ce qu'il attend de nous.

Au 16 ème siècle, Thomas More, est père de famille et chancelier d'Angleterre. Il s'oppose au roi Henri VIII qui se sépare de Rome et divorce pour se remarier en s'érigeant chef d'Église. Il est alors emprisonné à la tour de Londres et condamné à être décapité. Il écrit à sa fille Margaret :
" Je ne veux pas manquer de confiance en Dieu ; pourtant, je sens que la peur pourrait bien me submerger. Je me rappellerai que saint Pierre, à cause de son peu de foi, commençait à s'enfoncer sous un coup de vent, et je ferai comme lui : j'en appellerai au Christ et Lui demanderai son secours …Ainsi, j'espère qu'Il me tendra la main, me saisira  et ne me laissera pas m'enfoncer.
Et s'Il permet que je joue le rôle de Pierre …, que je tombe tout à fait en jurant ou en abjurant … j'espère pourtant qu'Il jettera sur moi, comme sur Pierre, un regard plein de miséricorde, et qu'Il me relèvera pour que je confesse à nouveau la vérité …

Au 19 ème siècle, Frédéric Ozanam, est père de famille, professeur à la Sorbonne, fondateur des Conférences de Saint Vincent de Paul et visiteur des pauvres ; il est béatifié par Jean Paul II. Cinq mois avant sa mort, il supplie Dieu dans une sorte de marchandage : " J'accomplis aujourd'hui ma 40 ème année, et voilà que je suis pris d'un mal grave, opiniâtre. Faut-il donc quitter tous ces biens que Vous-même, mon Dieu, m'avez donnés ? …Si je vendais la moitié de mes livres pour en donner le prix aux pauvres, si je consacrais le reste de ma vie à visiter les indigents, Seigneur, me laisseriez-vous la douceur de vieillir auprès de ma femme et achever l'éducation de mon enfant ? "

Plus près de nous encore, Le roi Baudouin, dont la vie est si édifiante, nous a laissé de nombreux écrits. En voici des extraits :
" Lorsque tout va bien et que je lis l'histoire des saints, je me sens attiré par leur générosité et leur joie de souffrir pour Toi et avec Toi. Et dès que la croix, même petite, se présente, d'abord je ne la reconnais pas et ensuite je me plains de l'endroit où elle me fait mal. Après tant d'années de grâces et d'exemples autour de moi, j'en suis au balbutiement !

" Mon Dieu, j'ai besoin de Toi pour vivre, un rien m'abat physiquement et moralement. Oui, Seigneur, j'ai besoin d'être soutenu par Toi jour et nuit, à chaque instant … Toi, Marie, ma Mère, apprends-moi, Maman, à accepter et à aimer ma faiblesse, à m'assumer totalement …" " Je crains que je reste le même bonhomme avec les mêmes défauts … mais mes faiblesses ne me découragent plus, au contraire, elles sont une raison pour m'appuyer entièrement sur l'Amour tout puissant et la Force de mon Père ".  

" J'ai 57 ans (en 1987), tant de temps perdu par ma faute. S'il vous plaît, Très Sainte Trinité, rendez-moi saint par votre volonté, ne me laissez pas plus longtemps vous empêcher de me transformer à l'image de Jésus … "

" Réalise en moi et en Fabiola ton rêve de sainteté. Oh, Seigneur, que je sois ton petit et si faible serviteur …"

Oui, avec l'écrivain Georges Bernanos, nous pouvons conclure : " les saints ne sont pas des surhommes. Ils sont les plus humains des humains ". Comme eux, malgré nos fragilités, avançons-nous avec confiance sur le chemin de la sainteté.