par Edouard Huber dans Famille Chrétienne,
Numéro 1789 du 28 avril au 4 mai 2012

     Même si la venue en Provence de sainte Marie Madeleine, saint Lazare et les autres disciples n’est pas admise par tous les historiens, nul ne nie que notre pays ait eu des évêques dès le deuxième siècle, avec saint Pothin et saint Irénée à Lyon. C’est-à-dire, pour ce dernier, le disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean ! Une vieille histoire !

C’est avec le baptême de Clovis à Noël 496 environ que l’idée de nation chrétienne se fait jour.
Les historiens sont dans leur rôle en disséquant, sources à l’appui, tout ce qu’un tel geste comporte de politique, et comment l’adhésion à une religion nouvelle n’efface pas d’un coup les antiques réflexes païens.
Mais leurs scrupules n’empêchent pas une autre lecture de l’événement, prophétique et mystique.
Comme celle que les prophètes juifs faisaient de l’histoire de leur peuple, réinterprétée de façon spirituelle.

Dire qu’en Clovis, premier roi (d’Occident) catholique, c’est la France même qui est baptisée et qu’elle est donc fille aînée de l’Eglise, ce ne sont pas là des expressions qui surgissent spontanément, aussitôt enregistrées et archivées.

On ne connaît pas de texte ancien comportant l’expression « France fille aînée de l’Eglise ».
Elle n’est pas citée dans le testament de saint Rémi, texte fondateur de la vocation chrétienne de la France, où on lit notamment :
« Puissent-ils (les descendants de Clovis) être élevés aussi sur le trône dans la maison de David, c’est-à-dire dans la Jérusalem céleste, pour y régner éternellement avec le Seigneur ».

On ne la voit pas non plus à propos de la donation au pape Etienne II par Pépin le Bref, des états Pontificaux et au sacre du roi par le souverain Pontife en 754.
On ne la lit pas dans la lettre de Grégoire IX à saint Louis qui fait allusion à cette donation.
Mais dans cette lettre de 1239, que saint Pie X citera pour la béatification de Jeanne d’Arc le 13 décembre 1908, la réalité d’une élection de la France est affirmée en termes impressionnants :
« Comme autrefois, Dieu préféra la tribu de Judas à celle des autres fils de Jacob (…) ainsi il choisit la France de préférence  à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. »

Finalement, il semble que l’auteur définitif de l’expression « Fille aînée de l’Eglise » soit le cardinal Langénieux  archevêque de Reims, en 1896, pour le quatorzième centenaire du baptême de Clovis.
Il ne s’agissait pour lui que d’étendre au pays ce qui était dit de ses rois, « fils aînés de l’Eglise », mais la formule a eu une fortune remarquable.
Ce qui montre que sa signification n’est pas de simple circonstance, mais réelle et profonde.

Elle a été reprise par les papes avec constance, citée sinon comme ayant une antiquité attestée, du moins comme exprimant une vérité traditionnellement reçue.

Voici ce que disait Léon XIII aux pèlerins français, le 2 mai 1879 :
« (…) Le Bon Dieu n’abandonnera pas un peuple qui ne se lassera pas de donner au monde de si éclatants témoignages de sa fidélité à son Eglise, de son amour filial au vicaire du céleste Rédempteur. Voilà pourquoi il importe (…) que vous continuiez à hardiment professer ces vertus (…) qui ont valu jadis à la France le titre glorieux de fille aînée de l’Eglise ».

Dans l’encyclique Nobilissima Gallorum gens, de 1884, le même pape écrivait :
« La très noble nation française (…) s’est acquis envers l’Eglise catholique des mérites et des titres à une reconnaissance immortelle et à une gloire qui ne s’éteindra pas. (…) Elle eut l’honneur d’être appelée fille aînée  de l’Eglise en témoignage et récompense tout ensemble de sa foi et de sa piété ».
Qui ne se frotte les yeux en découvrant de tels textes aujourd’hui ?

Saint Pie X poursuit dans un registre différent, le 29 novembre 1911 :
« Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une lumière céleste et entendra une voix qui lui répètera : « Ma fille, pourquoi me persécutes-tu ? » (…) Et elle, tremblante et étonnée dira : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? »Et Lui : « Lève-toi, lave tes souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein tes sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre » ».

 Pie XI, en proclamant Notre Dame de l’Assomption patronne de la France le 2 mars 1922 :
« (…) selon un ancien adage (…) le royaume de France a été appelé le Royaume de Marie, et cela à juste titre. (…) Les pontifes romains (…) ont toujours, au cours des siècles, comblé des marques particulières de leur paternelle affection la France, justement appelée la Fille aînée de l’Eglise ».

 Pie XII, le 25 juin 1956, dit aux français :
« Levez donc les yeux, fils bien aimés, dignes représentants d’une nation qui se glorifie du titre de fille aînée de l’Eglise, et regardez les grands exemples qui vous ont précédés. »

Jean Paul II, par ses expressions répétées et insistantes, a rendu à nouveau familières ces expressions « Baptême de la France » et « fille ainée de l’Eglise ». Ecoutons encore ses mots au Bourget le 1er juin 1980 :
« Je voudrais répéter ces paroles qui constituent votre titre de fierté : fille aînée de l’Eglise.(…) Un très grand chapitre de l’histoire du salut a été inscrit dans l’histoire de votre patrie, par les fils et les filles de votre nation. (…) France, fille aînée de l’Eglise, est-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? (…) France, fille aînée de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ?»

 Après ces textes, on comprend mieux le nombre de prières pour la France qui ont été composées au long des siècles, et dont les éditions Téqui publient un utile abrégé(1). N’en citons que les deux plus récentes qui montrent la pérennité de ces prières.

De Marthe Robin : « O Père, ô mon Dieu, délivrez, sauvez maintenant votre France. Préparez le cœur de vos enfants à la mission qu’ils vont avoir à accomplir pour toutes les nations, pour l’Eglise toute entière ».

De Marcel Van : «  Seigneur Jésus, aie compassion de la France, daigne l’étreindre dans ton amour et lui en montrer toute ta tendresse. Fais que, remplie d’amour pour Toi, elle contribue à Te faire aimer de toutes les nations de la terre (…) ».
Une prière qui a ceci de particulier que, selon le jeune rédemptoriste qui l’a écrite, le 14 novembre 1945, elle lui a été dictée par le Christ.

Edouard Huber

(1)   Prières pour la France, Téqui, 64p., 5.70€