Les papes de l'époque mo­derne nous rappellent ré­gulièrement que la Fran­ce est la fille aînée de l'Église et qu'elle a reçu une mission particulière au service des autres nations, un rôle éducateur.
Ce n'est, en aucun cas une dis­tinction honorifique ou la ré­compense de services rendus.
C'est une charge, un devoir de service, analogue à celui reçu par le peuple juif en la per­sonne d'Abraham.
À son époque, le « peuple élu » était chargé de témoigner qu'il n'y avait qu'un seul Dieu ce qui, en plein polythéisme, n'était ni évident ni facile.
Toute l'Histoire du peu­ple juif, transmise par la Bible, nous montre les infidélités ré­currentes du peuple élu, ses descentes aux enfers, ses re­pentirs déchirants et la misé­ricorde sans faille du Seigneur.
La venue du Messie attendu depuis des siècles ne modifie pas la diversité des comporte­ments.
Certains accueillent avec joie le Sauveur, le plus grand nombre applaudit à sa crucifixion.
Jésus, qui a pleuré sur Jérusa­lem, a annoncé la destruction de la ville et la ruine de ce temple, qui faisait l'orgueil des Juifs.
Les prophètes l'avaient prédit et le psalmiste mettait dans la bouche de Yahvé ce messa­ge « navré » :
« Mon peuple n'a pas écouté ma voix, Israël ne s'est pas rendu à moi ; je les laisse à leur cœur endurci, ils marchaient ne suivant que leur conseil » (Ps 81, 12-13).
Et pourtant le même psaume montre le Seigneur tout prêt à par­donner :
«Ah, si mon peuple m'écoutait, si dans mes voies marchait Israël, en un instant j'abattrais ses adversaires et contre ses oppresseurs tournerais ma main " (Ps 81, 14-15).

 Une conversion  profonde

   Quand j'entends aujourd'hui mes coreligionnaires conti­nuer à rêver à un sursaut de notre patrie, obtenu par le ré­sultat d'un vote, je me dis : Quand se rendront-ils compte qu'il ne peut y avoir de re­nouveau pour la fille aînée de l'Église qu'au prix d'une conver­sion religieuse et morale, d'un repentir profond et d'un humble retour à sa foi ? La libre pen­sée s'est installée progressi­vement dans notre pays, au XVIIe siècle on appelait « li­bertins » ses premiers adeptes.
Le siècle dit des « Lumières » a pris le relais et amené à la Ré­volution de 1789.
Le scientis­me et le rationalisme ont pris la suite, la franc-maçonnerie a tissé une toile d'araignée, qui a recouvert et recouvre ac­tuellement le pays, pénétrant tou­tes les institutions.

Que reste-t-il de l'enseigne­ment catholique ? Celui qui m'a formé et auquel je dois tant était pauvre, ses profes­seurs étaient héroïques, mais il était libre de former des jeunes catholiques et de leur donner une véritable culture.
Aujour­d'hui ce sont les médias au­diovisuels, les DVD et les jeux, qui conditionnent la jeunesse au matérialisme, au culte du plaisir, à la recherche du moindre effort, à la violence et au mé­pris des racines chrétiennes.

Comme jadis Israël, la France a renié son Dieu, et elle se vautre dans l'apostasie.
Je plains les derniers fidèles, auxquels l'espérance théologale fait si souvent défaut. Rassurez-vous, ce n'est pas mon cas, mais il convient de l'affirmer, tant de gens confondent réalisme et pessimisme !

D'ailleurs, devant la dégradation actuelle, je cons­tate l'émergence encore timide peut-être mais réelle d'un élan vers le Seigneur, prières, mes­ses célébrées pour notre patrie, pèlerinages, vœux et neuvaines en tout genre.

Plus les difficul­tés vont s'amplifier, plus va re­naître la ferveur religieuse.

Et puis cette France, aujourd'hui païenne et islamisée, a donné à l'Église tant de prêtres, de mis­sionnaires, de religieux et de religieuses, que la miséricorde divine ne lui fera pas défaut.

En pensant également aux mala­des qui offrent leurs souffrances et à tous ces fidèles qui ont re­joint la patrie céleste et inter­cèdent pour les vivants, je n'ai aucun doute sur le renouveau spirituel de la fille aînée de  l'Église.

Il est probablement plus proche que ne le croient mes  pessimistes compatriotes.

Notre chère patronne, la Très Sainte Vierge Marie, s'en préoccupe activement.

                  Père Yannik  BONNET  dans  L'Homme Nouveau  N° 1518 du 19 mai 2012