Homélie de la Toussaint 2011 par Mgr Podvin sur France-Culture depuis l'Annonciade de Thiais


La veille de Toussaint 1576, Thérèse d'Avila fait une demande à son père spirituel:
"Priez pour moi afin que je devienne une bonne religieuse. Mieux vaut tard que jamais"
On reconnaît bien là l'humour de Thérèse. L'anecdote est éclairante.
Pour devenir saints, soyons pleinement ce à quoi Dieu nous appelle.
La sainteté n'est pas hors de moi ou pour plus tard.
Elle est en moi dès aujourd'hui, si mon cœur veut bien y consentir.


"J'aime bien la fête de Toussaint!" me disait récemment un jeune servant d'autel dans une paroisse.
J'espère, chers auditeurs, que vous aussi aimez la Toussaint.
Qu'elle est une de vos fêtes préférées.
Avez-vous entendu Saint-Jean s'écrier: "Voyez comme est grand l'amour dont le Père nous a comblés !"

Avez-vous entendu l'auteur de l'Apocalypse: cet amour est pour "une foule immense que nul ne sait dénombrer "
Avez-vous entendu le Christ en St Mathieu : "Heureux serez- vous à cause de moi!"
Oui, j'espère que vous aimez cette fête liturgique.



Le choix de la sainteté est radical et lumineux.
Il ne s'agit pas de devenir des cracs et d'accomplir des performances inatteignables.
Il s'agit d'aimer. Jusqu'au bout. D'apprendre à aimer selon les voies de l'évangile.
Et pour aimer, nous n'avons qu'aujourd'hui !


Le saint ne dit jamais de lui-même qu'il est saint.
Le saint sait que Dieu seul est saint et a l'infinie bonté de nous sanctifier de la plénitude de son amour.
Le saint n'a jamais l'orgueil d'être parvenu.
"Pour bien achever la vie spirituelle, dit François de Sales, il n'y a pas de meilleur moyen que de toujours recommencer"


Frères et sœurs, jamais peut-être la Toussaint ne nous a été à ce point nécessaire. Halloween qui, pourtant, bénéficiait de supports considérables, est déjà en désuétude. La citrouille est creuse. La Toussaint ne s'est jamais si bien portée.

Le premier novembre n'a pas besoin d'une campagne publicitaire artificielle.
La Toussaint est peuplée de témoins.
Elle est irriguée par l'énergie humaine et spirituelle des amis du Christ.
Elle est la fête de ceux qui nous précèdent dans la vision de Dieu, car ils furent, sur la terre, des cœurs purs.
Elle est la fête de ceux qui sont fils de Dieu, car, sur la terre, ils furent artisans de paix.
Elle est la fête de ceux qui sont rassasiés, car, sur la terre, ils eurent faim et soif de justice.


Chers auditeurs, la communion des saints est un véritable joyau de la doctrine catholique.
Elle fait pleurer d'émotion les plus insensibles qui se tenaient à distance du mystère.
Elle fait vibrer les plus indifférents qui éprouvent soudain la radicalité de l'évangile.
La communion des saints donne de goûter l'intercession des amis du Seigneur.
Elle donne de croire que, si pécheurs que nous soyons, il est une grâce plus forte que le péché.
Une grâce qui devient levain de sainteté dans la pâte de notre humanité.


Si je puis me permettre un conseil, ne passez pas une seule de vos journées sans invoquer les saints.
Confiez leur vos décisions, vos inquiétudes, vos joies.
Demandez la grâce d'être non leur photocopie figée, mais d'être de leur trempe spirituelle.


Nous qui avons tant de peine à prononcer un "merci", faisons de la Toussaint une immense gratitude.
Le "merci" eucharistique de toutes nations, peuples et langues. "Honneur, gloire et louange à notre Dieu".
La vie n'a de bonheur que proportionnellement à notre aptitude à l'action de grâces.
"N'oublie pas de dire merci!" insiste la maman.
"N'oublie pas de louer Dieu dans l'assemblée des saints" dit à chacun de nous notre Mère l'Eglise.
"Si Dieu n'existait pas, qui l'homme devrait-il remercier?" insiste Dostoïevski.


Depuis hier soir minuit, nous sommes sept milliards d'humains.
Ne regardons pas ce chiffre comme une simple statistique.
Empressons nous de participer à ce que Benoît XVI appelle une "mondialisation digne de l'homme".
Regardons ces 7 milliards de frères avec le regard du Christ.
"J'ai ici un peuple nombreux" disait déjà le Seigneur à l'apôtre Paul à Corinthe. Peuple nombreux à aimer.


Dès ce midi, prenons le chemin d'une sainteté pour tous.
Que nos communautés chrétiennes soient des lieux de fraternité.
Que nos paroisses, nos monastères, comme en cette Annonciade, rayonnent de la joie humble des croyants.
Que notre sainteté ne se paie pas de mots.
Qu'elle ne se gonfle pas d'orgueil.
Qu'elle soit contagieuse.


Le bienheureux Newman, béatifié voici un an par Benoît XVI disait: "Ah si nous pouvions comprendre que Jésus nous appelle aujourd'hui Que son appel se produit maintenant. Christ nous appelle de grâce en grâce. De sainteté en sainteté. Soyons aux aguets. Entendons Le !"

Mgr Bernard Podvin.
Porte-parole
Conférence des évêques de France.