mercredi 7 juillet 2010

La souffrance

LA SOUFFRANCE RESTE UN MYSTERE INSONDABLE. MAIS ACCEPTEE ET UNIE A CELLE DU CHRIST, ELLE DEVIENT UN CHEMIN DE SAINTETE.

 

Le théologien Romano Guardini a souffert une mort longue et douloureuse. Quand un de ses amis vint le visiter, Guardini mourant lui dit : " Je vais mourir bientôt et je devrai rendre compte de ma vie et je tenterai de le faire de mon mieux ".

Puis il ajouta en élevant quelque peu la voix : " Mais j'ai une question à poser, moi aussi, quand je rencontrerai Dieu : je veux Lui demander ce qu'il en est du mystère de la souffrance. Je n'y comprends rien du tout ".  

Raoul Follereau s'interroge aussi sur le ‘pourquoi’ de la souffrance : " Je suis incapable de comprendre pourquoi tant de misères, pourquoi tant d'enfants qui souffrent, pourquoi tant de lèpres … La misère, la faim se sont des lèpres dans le monde …tout cela se sont des questions très graves, obsédantes, et plus on avance en âge et plus elles vous pèsent sur la conscience et sur le cœur … Bien sûr nous ne ferons pas tout. Mais il reste les vivants. Il reste des êtres à protéger, et le monde à reconstruire. Nous ne ferons pas tout, mais nous pouvons faire quelque chose ". 

Le père René Granier, fondateur du centre spirituel de saint Joseph de Mont-Rouge dans l'Hérault, écrit : " Il est dur d'affronter les diverses croix de la souffrance physique ou morale. Et quelle énigme la souffrance ! Jésus lui-même n'est pas venu nous l'expliquer, mais la partager pour lui donner un sens, soutenir notre courage, et en faire une source de salut, de rédemption. Frères qui souffrez, vous êtes parfois tentés de ne voir que le côté négatif et scandaleux de la souffrance. Mais, sachez-le, à la lumière de la croix du Christ, vous découvrirez l'autre visage mystérieux mais réconfortant de la souffrance. Lorsqu'elle est supportée avec patience et amour de Dieu et du prochain, la souffrance purifie, ennoblit, et met sur le chemin du Ciel. La vigne ne porte pas du fruit si elle n'est pas taillée par le vigneron. Le bloc de marbre ne deviendra jamais chef d'œuvre sans les coups de marteau et de ciseau du sculpteur. "

          Le pape Jean Paul II nous dit : " La souffrance est la plus grande énigme de l'existence humaine. Mais grâce à la mort et à la résurrection de Jésus, elle permet d'atteindre le degré le plus haut de l'amour … par le sacrifice de la croix, le Christ a accepté la voie douloureuse que lui présentait son Père pour le rachat du monde. Il y associe ses disciples, pour qu'ils participent à sa résurrection. La souffrance du temps présent est donc transfigurée par l'espérance d'un monde de joie et de paix promis par le Christ. Les béatitudes proclamées par Jésus anticipent la béatitude céleste. La souffrance acceptée et offerte avec Jésus porte un fruit qui demeure : " le grain de blé tombé en terre, s'il meurt, porte beaucoup de fruit " Jean chapitre 12. Depuis Pâques, le chrétien complète dans sa chair, " ce qui manque aux souffrances du Christ pour l'Eglise " comme le dit saint Paul avec audace, Collossiens 1 ".

Saint Augustin remarque : " Tout ce qui se fait de bien dans l'Eglise, et même par les pasteurs, se fait par les secrets mouvements des âmes priantes et souffrantes répandues par toute la terre ".

Le père Jacques Loew, dominicain devenu docker à Marseille, fondateur de la mission ouvrière saint Pierre et saint Paul, nous dit : " La joie chrétienne naît non pas de la croix, comme on le dit trop facilement, car la croix reste toujours douloureuse, mais de l'acceptation confiante de cette croix. "

Jean Vanier affirme : " J'ai la profonde conviction que l'homme d'action et de rayonnement ne peut rien s'il ne s'appuie pas sur ces personnes qui acceptent d'offrir leur souffrance, leur immobilité et leur prière pour que lui puisse donner la vie. Un vieillard ou un malade qui s'offre à Dieu peut devenir dans une communauté la personne la plus précieuse, le paratonnerre de la grâce ". 

Mère Teresa renchérit : " Vous, les malades incurables, vous pouvez faire énormément pour les pauvres. Vous vivez crucifiés avec le Christ, chaque jour. Vous arrosez notre travail de votre prière, et vous nous aidez à donner à d'autres la force de travailler. "

Benedetta Porro, étudiante à la faculté de médecine à Milan, est déjà sourde et s'appuie sur une canne. Avant de terminer son doctorat, elle se trouve complètement paralysée et devient aveugle. Elle ne peut s'exprimer que par un faible filet de voix et la sensibilité d'une main. Elle nous laisse ces paroles émouvantes adressées à un jeune infirme : " Dans mon calvaire, je ne suis pas désespérée … Mes journées ne sont pas faciles, elles sont dures, mais douces parce que Jésus est avec moi, avec mes souffrances, et me soulage dans la solitude, et me donne de la lumière dans l'obscurité. " 

Jacques Lebreton perd accidentellement l'usage de ses mains et de ses yeux à 20 ans. Voici quelques-unes de ses paroles : " J'ai montré mes moignons à Dieu et j'ai hurlé : " Si tu es bon, montre-le ! … Il a dit en moi : " Je suis là Jacques, Je suis en toi un Dieu aveugle et sans mains ". J'ai pleuré de joie sur mon lit d'hôpital … La joie des infirmes est la plus belle preuve de l'existence de Dieu … Aux personnes handicapées qui demandent à quoi elles servent, je réponds : vous portez le monde ! "

 Arrivé à l'âge de 80 ans, Jacques Lebreton dit encore : " Je n'ai jamais vu aussi clair. Je vais vers une lumière tellement plus grande que celle que mes yeux auraient pu voir ". 

A côté de ces exemples impressionnants, bien des saints peinent et luttent pour accueillir les souffrances de la vie quotidienne qui sont souvent bien lourdes à porter.

Le roi Beaudouin avoue humblement : " Dès que la croix, même petite, se présente, d'abord je ne la reconnais pas et ensuite je me plains de l'endroit où elle me fait mal."

Benoît XVI en s’adressant aux malades à Fatima, le 13 mai 2010, insiste sur le fait qu’avec le Christ et à sa suite, aucune souffrance n’est inutile et que l’on peut trouver dans la souffrance la paix intérieure et même la joie spirituelle :

"Mon frère, ma sœur, aux yeux de Dieu, tu as, « une valeur si grande que Lui-même s’est fait homme pour pouvoir compatir avec l’homme de manière très réelle, dans la chair et le sang, comme cela nous est montré dans le récit de la Passion de Jésus. De là, dans toute souffrance humaine est entré quelqu’un qui partage la souffrance et la patience ; de là se répand dans toute souffrance la con-solation ; la consolation de l’amour participe de Dieu et ainsi surgit l’étoile de l’espérance » (Benoît XVI, Enc. Spe salvi, n .39). Avec cette espérance au cœur, tu peux sortir des sables mouvants de la maladie et de la mort et rester debout sur le roc inébranlable de l’amour divin. En d’autres termes, tu pourras dépasser la sensation d’inutilité de la souffrance qui consume la personne au plus profond d’elle-même et la fait se regarder comme un poids pour les autres, alors qu’en vérité, la souffrance, vécue avec Jésus, sert au salut des frères.

Comment est-ce possible ? Les sources de la puissance divine jaillissent précisément au milieu de la faiblesse humaine. C’est le paradoxe de l’Évangile. A quoi le divin Maître, plutôt que de s’attarder à expliquer les raisons de la souffrance, a préféré appeler chacun à le suivre, en disant : « Prends ta croix et suis-moi » (cf Mc 8, 34). Viens avec moi. Prends part, avec ta souffrance, à cette œuvre du salut du monde, qui se réalise à travers ma souffrance, par le moyen de ma Croix. Au fur et à mesure que tu embrasses ta croix en t’unissant spirituellement à ma Croix, se révélera à tes yeux le sens salvifique de la souffrance. Tu trouveras dans la souffrance la paix intérieure et même la joie spirituelle.

Chers malades, accueillez cet appel de Jésus qui passera près de vous dans le Saint-Sacrement et confiez lui toutes les contrariétés et les peines que vous affrontez, pour qu’elles deviennent -selon ses desseins- moyen de rédemption pour le monde entier. Vous serez rédempteurs dans le Rédempteur, comme vous êtes fils dans le Fils".

Et la petite Thérèse de Lisieux, qui veut devenir une grande sainte, se sent bien faible devant la souffrance. Aussi, elle s'exclame :

" Pour aujourd'hui, je veux bien souffrir ". 

 

 

 

Posté par saintsdefrance à 09:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]