jeudi 20 janvier 2011

Détresse et sainteté

C'EST A TRAVERS NOS DÉTRESSES QUE DIEU NOUS CONDUIT VERS DES CHEMINS DE SAINTETÉ

Saint Augustin, qui vécut avant sa conversion dans une grande détresse intérieure, abandonné à toutes ses passions désordonnées, nous affirme :
" Dieu est là quand nous nous croyons seuls. Il entend quand rien ne nous répond. Il nous aime quand tout nous abandonne ". 

Et le Père Lataste, béatifié le 3 juin 2012, apôtre des prisons, déclare :
" Les très grands pécheurs ont en eux ce qui fait les plus grnds saints".

Les psaumes nous parlent souvent de l'âme qui implore Dieu dans sa détresse :

Dans le psaume 18 par exemple, le psalmiste s'écrie :
" Les filets de la mort m'avaient pris. Dans ma détresse, j'ai invoqué Yahvé et je criai vers mon Dieu ".

Dans le psaume 25, il supplie Dieu :
" Tourne tes yeux vers moi et prends pitié de moi car je suis seul et malheureux. Soulage l'angoisse de mon cœur, et de ma détresse retire-moi ".

Et plus loin, dans les psaumes 102 et 142, il dit encore :
" Yahvé ne me cache pas ton visage au jour de ma détresse ".

Si les psaumes nous dépeignent l'âme implorant son Dieu dans l'angoisse, ils nous montrent aussi combien Dieu exauce les supplications de l'âme en détresse.

Dans le psaume 50 Dieu dit : " Invoque-moi au jour de la détresse : Je te délivrerai, et tu me glorifieras ".

Dans le psaume 91, Il dit aussi : " il m'invoque, et moi je lui réponds. Je suis avec lui dans la détresse, Je le délivre et le couvre d'honneur ".

Et dans le psaume 118, le psalmiste, apaisé et confiant, ajoute :
" j'ai invoqué Yahvé, Il m'a exaucé et m'a mis au large. Il est avec moi, je ne crains rien ".

Le Catéchisme de l'Eglise Catholique, quant à lui, dans  "la prière chrétienne", nous explique le sens du cri de Jésus sur la croix avant de mourir :
" Toutes les détresses de l'humanité de tous les temps, …, sont recueillies dans le cri du Verbe Incarné sur la croix avant de rendre son esprit à Dieu son Père. Voici que le Père les accueille et, au-delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant son Fils ".

Les saints ont tous connu, chacun à leur manière et à des degrés divers, des détresses intérieures, des nuits, des angoisses profondes, voire même le désespoir.

Charles de Foucauld, ermite au Sahara, écrit le 4 août 1901 à son ami Henry de  Castries :
" ma foi a été complètement morte pendant des années ; pendant 12 ans, j'ai vécu sans aucune foi : rien ne me paraissait assez prouvé ; la foi égale avec laquelle on suit des religions si diverses, me semblait la condamnation de toutes ; moins qu'aucune, celle de mon enfance me semblait admissible avec son 1 = 3 que je ne pouvais me résoudre à poser … je demeurais 12 ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la Vérité, et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne me paraissant assez évidente … je vivais comme on peut vivre quand la dernière étincelle de foi est éteinte ".

Jacques et Raïssa Maritain, à l'aube du 20 ème siècle, ont tout juste 20 ans.
Ils passent en revue leurs années d'études scientifiques et philosophiques.
Ecoutons ce que Raïssa  elle-même nous dit de ce moment dans son livre "les grandes amitiés" :

" Mais ces connaissances étaient minées à la base par le relativisme des savants, par le scepticisme des philosophes.
Ce scepticisme capable de désagréger la vie de l'âme, laissait en moi une profonde détresse dans mon cœur défaillant de faim et de soif de la vérité … cette angoisse métaphysique pénétrant aux sources du désir de vivre est capable de devenir un désespoir total, et d'aboutir au suicide … Si nous devons aussi renoncer à trouver un sens quelconque au mot vérité,  à la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste, il n'est plus possible de vivre humainement.
Cependant, nous décidâmes de faire pendant quelque temps encore confiance à l'inconnu, nous allions faire crédit à l'existence, dans l'espoir que le sens de la vie se dévoilerait, que de nouvelles valeurs se révéleraient et qu'elles nous délivreraient du cauchemar d'un monde sinistre et inutile.
Que si cette expérience n'aboutissait pas, la solution serait le suicide.
Nous voulions mourir par un libre refus s'il était impossible de vivre selon la vérité.
"

C'est alors la rencontre avec le futur poète Charles Péguy qui amène Jacques et Raïssa au cours de philosophie spiritualiste d'Henri Bergson.
C'est l'enthousiasme, des perspectives de vie spirituelle, de certitudes intellectuelles s'ouvrent devant eux.
Jacques et Raïssa vont rayonner peu à peu dans les milieux littéraires, artistiques et catholiques, se faisant les messagers de Dieu.
Leur modeste maison à Paris deviendra un  centre de vie spirituelle des plus féconds. Jacques laissera derrière lui une œuvre philosophique considérable.

Le grand écrivain catholique Gilbert Cesbron nous montre comment Dieu l'a rejoint dans sa détresse :

" En février 1934, j'ai découvert Dieu. Je l'ai rencontré qui m'attendait du fond de mon désespoir, Lui, et Lui seul. C'était l'essentiel, mais il y avait tout le reste à réapprendre et je ne fus pas un élève docile ".

Puis il ajoute, parlant de ses amis les saints :
" J'ai rencontré quelques grandes figures : Thérèse, Bernadette, Vincent … je les ai rencontrés un à un sur mon nouveau chemin qui était celui d'Emmaüs. Parti bien après le jour, voyageur solitaire encore si proche du désespoir, j'ai vécu ainsi de rencontres en rencontres ".

Et il conclue comme seuls les poètes savent conclure :

" A présent, ces compagnons d'éternité et moi, nous formons un groupe dont je suis le traînard :  attendez-moi, car le soir tombe ! ".

Posté par saintsdefrance à 18:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]