mercredi 22 février 2012

H.U.V. Balthasar : L’existence des saints est de la théologie vécue

 

Les grâces de vie des saints, qui d’après saint Paul, sont eux-mêmes des charismes et donc des fonctions du corps mystique, lesquelles ne peuvent pas être dépourvues d’une profonde teneur théologique.

Les saints ne nous sont pas accordés pour que nous les admirions bouche bée, comme des hommes extraordinaires, capables de réalisations héroïques, mais afin que nous recevions en eux des illustrations de la vie intérieure du Christ, tant pour notre intelligence de la foi que pour notre vie de foi dans l’amour.

Martin Buber a raison de dire : «  La vie de tels hommes requiert un commentaire théologique pour lequel leurs  propres paroles constituent une contribution, mais une contribution toute fragmentaire » (Chassidische Botschaft 1952,33) qu’il nous incombe de compléter.

L’existence des saints est de la théologie vécue.

Qu’ils l’aient eux-mêmes plus ou moins expressément interprétée, ou qu’ils aient même eu à le faire, est pratiquement sans importance ; mais celui qui les regarde est en droit de toujours supposer, quand il s’agit de missions qualifiées, qu’est montré ici bien davantage qu’un quelconque exemple supplémentaire d’une réalité déjà connue de toutes façons.

(…) Que la Révélation objective soit terminée avec la mort des Apôtres ne signifie pas en effet que dans l’Eglise des saints ne se produise rien qui de ce qui concerne la Révélation : si les miracles de l’absolution et de la consécration s’opèrent en permanence, actualisant, au milieu de l’Eglise, la présence toujours nouvelle de l’événement de Golgotha et de Pâques, comment en serait-il autrement  de l’actualisation de l’existence théologique du Seigneur dans l’existence de ses fidèles et de ses saints ?

« Théologie et sainteté, Introduction à H.U.V. Balthasar »
 par Mgr Philippe Barbarin, éd. Parole et silence 1999, p 118

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jeudi 23 février 2012

Sainte Germaine : Parole de Dieu

 

« L’existence des saints est de la théologie vécue », écrit le cardinal Urs Von Balthasar dans un article  Théologie et sainteté publié en 1948.
Le pape Jean Paul II reprendra cette expression de «  théologie vécue des saints » dans sa lettre pour le nouveau millénaire.
Bien que la Révélation soit achevée depuis les apôtres,  Dieu continue à se révéler, à se faire connaître à travers ses saints.

Qu’en est-il de  sainte Germaine ?

Elle n’a  fondée ni ordre ni œuvre, elle n’a pas été religieuse ;
Elle ne nous a pas laissé d’écrits ni de paroles fortes, elle n’a pas eu d’apparition, aucune activité directement missionnaire, elle  n’a pas versé son sang.
Elle a été simplement  une jeune bergère, illettrée, souffreteuse, mal aimée.
On la retrouve morte de misère sous l’escalier de la bergerie, on l’enterre et on l’oublie.
Pas de reconnaissance de sainteté, d’ouverture de procès de canonisation, aucun écrit de ses contemporains ne parle d’elle.
 Humainement, c’est terminé.

Mais la Providence ne l’entend pas ainsi.
44ans après, et c’est long, Dieu permet que son corps soit retrouvé intact.
Les personnes âgées de  la commune se souviennent que cette jeune fille était douce et pieuse, aimait la messe, était maltraitée mais partageait le peu qu’elle avait avec  plus pauvre qu’elle.
On la prie, des guérisons s’opèrent.
Longtemps après, on pense à demander sa canonisation.
Après une longue enquête, et au vu de sa grande fécondité, elle est reconnue bienheureuse puis sainte par l’Eglise.

Ce qui est manifeste dans le cas de sainte Germaine, c’est que c’est par une intervention directe de Dieu à travers  la conservation et la découverte de son corps, que  l’Eglise a pris conscience de la sainteté de cette jeune fille.
Il est clair que Dieu n’a pas voulu que cette sainteté reste cachée.
Par la vie de Germaine Dieu veut nous donner un enseignement  sur Lui-même, sur notre vocation et sur le sens profond de la vie humaine.

-          Tout d’abord, Dieu nous montre qu’une vie des plus modestes, sans le moindre éclat, peut être à ses yeux d’une grande richesse.
Il n’attache pas d’importance à l’apparence, à la position sociale, aux revenus, mais ce qui compte pour Lui, c’est la qualité de l’amour avec  lequel  nous accomplissons notre devoir d’état, même dans les activités les plus ordinaires.
Pour Dieu, aucune action n’est banale, si elle est faite avec amour.

-          Nous souhaitons tous réussir notre vie, apporter notre petite pierre, être utile aux autres : bref, avoir une certaine fécondité.
La vie de Germaine nous montre que les tâches de la vie quotidienne faites en union avec Dieu peuvent être source d’une très grande fécondité.
Pour réussir notre vie, il ne s’agît pas de chercher à faire des choses compliquées, qui sortent du commun mais simplement «  fleurir là où on est semé » selon l’expression de saint François de Sales, contemporain de Germaine. 

-          La vie de Germaine illustre donc de manière particulière, le sens profond de la vie humaine, de chaque vie humaine ou encore « le haut degré de la vie chrétienne ordinaire » comme aimait le dire Jean Paul II.
Par elle, nous touchons du doigt le désir de Dieu de s’unir à chaque personne et de lui donner une grande fécondité indépendamment de la réussite humaine apparente.
Cette vie de Germaine qui semble un échec à première vue, est en fait une merveilleuse réussite : elle est Parole de Dieu.

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samedi 25 février 2012

Jean Paul II et la théologie vécue des saints

Dans sa LETTRE APOSTOLIQUE NOVO MILLENNIO INEUNTE, le pape JEAN-PAUL II a recours à la "théologie vécue des saints" pour mieux appréhender
le mystère de Jésus en Croix :

27. Face à ce mystère, conjointement à la recherche théologique, une aide sérieuse peut nous venir du grand patrimoine qu'est
la « théologie vécue » des Saints.

Ceux-ci nous offrent des indications précieuses qui permettent d'accueillir plus facilement l'intuition de la foi, et cela en fonction des lumières particulières que certains d'entre eux ont reçues de l'Esprit Saint, ou même à travers l'expérience qu'ils ont faite de ces états terribles d'épreuve que la tradition mystique appelle « nuit obscure ».

Bien souvent, les saints ont vécu quelque chose de semblable à l'expérience de Jésus sur la Croix, dans un mélange paradoxal de béatitude et de douleur.

Dans le Dialogue de la Divine Providence, Dieu le Père montre à Catherine de Sienne que dans les âmes saintes peuvent être présentes à la fois la joie et la souffrance:
« Et l'âme est bienheureuse et souffrante: souffrante pour les péchés du prochain, bienheureuse par l'union et l'affection de la charité qu'elle a reçue en elle. Ceux-là imitent l'Agneau immaculé, mon Fils unique, lequel sur la Croix était bienheureux et souffrant ».

De la même façon, Thérèse de Lisieux vit son agonie en communion avec celle de Jésus, éprouvant précisément en elle le paradoxe de Jésus bienheureux et angoissé:
« Notre Seigneur dans le Jardin des Oliviers jouissait de toutes les délices de la Trinité, et pourtant son agonie n'en était pas moins cruelle.
C'est un mystère, mais je vous assure que j'en comprends quelque chose par ce que j'éprouve moi-même ».14

C'est un témoignage lumineux! Du reste, le récit même des évangélistes assure le fondement de cette perception ecclésiale de la conscience du Christ quand il rappelle que Jésus, même dans l'abîme de la douleur, meurt en implorant le pardon pour ses bourreaux (cf. Lc 23,34) et en adressant à son Père son abandon filial jusqu'à l'extrême: « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46).

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