samedi 15 octobre 2011

Homélie de St Bernard pour la Toussaint

Pourquoi notre louange à l'égard des saints,
pourquoi notre chant à leur gloire,
pourquoi cette fête même que nous célébrons ?
Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ?
De nos honneurs les saints n'ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile.
De fait, si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux.
[...] Pour ma part, je l'avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir [...]

Le premier désir, en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule en nous, le voici :
nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d'être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d'être mêlés à l'assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d'être associés à la joie et à la communion de tous les saints.

[...] Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous n'en aurions cure !
Les saints nous désirent et nous n'en ferions aucun cas !
Les justes nous espèrent et nous nous déroberions !

Réveillons-nous enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités d'en haut ; ces réalités, savourons-les.
Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, et puisqu'ils comptent sur nous, accourrons avec nos désirs spirituels.

{...] Ce qu'il nous faut souhaiter, ce n'est pas seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu'en désirant leur présence, nous ayons l'ambition aussi de partager leur gloire, avec toute l'ardeur et les efforts que cela suppose.
Car cette ambition-là n'a rien de mauvais : nul danger à se passionner pour une telle gloire. [...]

Et voici le second désir dont la commémoration des saints nous embrase : voir, comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire.

Jusque-là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même, mais tel qu'il s'est fait pour nous : notre Tête, non pas couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés [...]

Viendra le jour de l'avènement du Christ : alors on n'annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui.

La Tête apparaîtra dans la gloire, et avec elles les membres resplendiront de gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d'humilité pour le configurer à la gloire de la Tête, puisque c'est lui la Tête.

Cette gloire, il nous faut la convoiter d'une absolue et ferme ambition.
[...] Et vraiment, pour qu'il nous soit permis de l'espérer, et d'aspirer à un tel bonheur, il nous faut rechercher de tout cœur l'aide et la prière des saints : ce qui est au-dessus de nos forces puisse-t-il nous être donné par leur intercession !

Homélie de St Bernard pour la Toussaint (Ed. cistersienne, 5, 364-368)

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mercredi 19 octobre 2011

La Sainteté , lumière de Dieu


Les Saints sont la gloire de Dieu sur la Terre,

ils sont l’expression vivante de la divinité ici-bas,

ils sont des anges et le bonheur des hommes. 

Un saint, c’est un homme qui est uni à Dieu,

qui ne fait qu’un avec lui,

qui demande à Dieu,

qui parle à Dieu,

et à qui Dieu obéit.

C’est un homme qui tient tous les pouvoirs de Dieu en sa main,

c’est un homme qui remue tout l’univers quand il est bien uni au Maître qui gouverne toutes choses. 

Les saints sont les hommes les plus puissants de la terre,

ils attirent tout à eux,

parce qu’ils ont la charité et la lumière de Dieu,

et la fécondité de l’Esprit Saint. 

Ils ont la richesse de Dieu,

qu’ils distribuent à chaque créature,

ce sont les économes du bon Dieu sur la terre. 

Et il faut que vous deveniez des saints

Il faut que vous deveniez des lumières pour conduire les hommes dans le bon chemin,

du feu pour échauffer les froids et les glacés,

des images vivantes de Dieu sur terre.

    

                            Bienheureux Antoine CHEVRIER

 

  Cité par le site : sur les pas des saints     http://surlespasdessaints.over-blog.com/

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samedi 17 décembre 2011

L'Avent et Noël

        extrait de :  le mystère de Noël , conférence d'Edith Stein, Janvier 1931



Quand les jours se font courts, quand les premiers flocons d'un véritable hiver se mettent à tomber, timidement, silencieusement montent en nous les premières pensées de Noël.

De ce simple mot se dégage un tel charme que nul cœur ne peut lui résister.

Même les fidèles d'une autre foi, les incroyants, ceux pour qui l'histoire de l'enfant de Bethléem ne signifie rien, se préparent à la fête et se demandent comment, ce jour-là, faire jaillir autour d'eux une étincelle de joie.

C'est déjà des semaines, des mois à l'avance, comme un chaud courant d'amour qui se répand sur la terre.
La fête de l'amour et de la joie - c'est bien cela, l'étoile vers laquelle tous marchent en ce début d'hiver.

Mais pour le chrétien, surtout le chrétien catholique, Noël est encore autre chose.

C'est à la crèche que l'étoile le conduit, à l'Enfant qui apporte la paix à la terre.

C'est ce que l'art chrétien nous dépeint en tant d'images émouvantes, et que nous chantent de vieilles mélodies, toutes pleines de la magie de l'enfance.

Dans le cœur de celui qui vit avec l'Église, les cloches du Rorate et les chants de l'Avent réveillent une saine nostalgie; et celui à qui s'est ouverte l'inépuisable source de la liturgie entend jour après jour le grand prophète de l'Incarnation marteler ses exhortations et ses promesses :
Cieux, répandez d'en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir leJuste. Le Seigneur approche! Adorons-le! Viens Seigneur, ne tarde pas! - Jérusalem, crie ta joie car ton Sauveur vient à toi!

Du 17 au 24 décembre, ce sont ensuite les grandes antiennes "O" du Magnificat :
O Sagesse, O Adonaï, O Fils de la race de Jessé, O Clé de la Cité de David, O Orient, O Roi des Nations qui, avec une ardeur et une ferveur grandissantes, lancent leur appel : Viens pour nous sauver.

Et toujours plus pressante, retentit la promesse : Voyez, tout est accompli, et finalement : Sachez aujourd'hui que le Seigneur vient, et demain vous le verrez dans sa gloire.

Lors de la veillée, quand scintille l'arbre de lumière et que s'échangent les cadeaux, le désir inassouvi d'une autre lumière monte en nous, jusqu'à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël.

Et le Verbe s'est chair.

Nous voilà parvenus à l'instant bienheureux où notre attente est comblée.

                                                  

source : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/12/le-mystere-de-noel-conference-dedith.html 

 

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lundi 9 janvier 2012

Année Jeanne d'Arc, quelques initiatives

 En 2012, le 13 mai, deuxième dimanche du mois,
sera la Journée Nationale de Jeanne d’Arc,
selon une loi du 10 juillet 1920

          Notamment  le Dimanche 13 mai :
             (Fête nationale de Jeanne d'Arc) 

            
à 15h30, sur le site de la Basilique,
          messe présidée par le Cardinal André Vingt-Trois
,
               archevêque de Paris.

  • A ORLEANS

 Depuis 1429, les Orléanais commémorent la délivrance de leur ville alors aux mains des Anglais par Jeanne d'Arc. Chaque année en mai, la ville d'Orléans organise des traditionnelles fêtes de Jeanne d'Arc, aux parfums médiévaux.
Mais 2012 est bel et bien l'année de Jeanne d'Arc à Orléans, avec le 600e anniversaire de la naissance de la « pucelle de Domrémy ». Orléans célèbre aussi cette année les 583es fêtes de sa libération.
Au programme :
cérémonie de remise de l'épée à la cathédrale Sainte-Croix, avec un cortège de 200 figurants (vendredi 6 janvier 2012 à 21h),
entrée de Jeanne d’Arc à Orléans (dimanche 29 avril 2012),
 fête médiévale avec chevauchée de Jeanne d'Arc (mardi 1er mai 2012),
pièce de théâtre nô sur Jeanne d’Arc (samedi 5 mai 2012),
marché médiéval au Campo Santo (du 5 au 8 mai 2012),
exposition virtuelle et contemporaine (4, 5, 7 et 8 mai 2012),
colloque scientifique sur Jeanne d'Arc (mercredi 9 et jeudi 10 mai 2012),
set électro (samedi 12 mai 2012),
ciné-jardins sur Jeanne dans les parcs et jardins d’Orléans pendant l'été...

La fête bat son plein avec la cérémonie de remise de l'étendard du maire à l'évêque, avec son et lumière sur la façade et les tours de la cathédrale (traditionnellement les 7 et 8 mai, cette année le 12 mai 2012), ainsi que des hommages et défilés commémoratifs en costumes d'époque (dimanche 13 mai 2012).

Un grand spectacle de clôture de cette année Jeanne d'Arc est prévu fin octobre 2012.

                                       Source : le guide du routard

Pour plus de précisions voir :
 Actualité des fêtes de Jeanne d’Arc en 2012 à Orléans
ou encore sur le site tourismeloiret

 

  •  Un  hors série du Figaro :
  • Un beau livre  : Hommage à Jeanne d'Arc

                      

       Pour plus de renseignements et le commander voir  ici

 

  •  Voir le film : La Passion de Jeanne d'Arc (1928) 1h21 sur Youtube

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mardi 10 janvier 2012

La vocation de Jeanne d'Arc

 par Daniel Rops

dans Histoire de l'Eglise tome V pages 70-76

C’était grande pitié au royaume de France, au début de l'année 1429.
Il y avait cent ans, ou presque, que la guerre des Anglais désolait le pays, et cette épreuve semblait s'acheminer vers son terme, de la plus douloureuse façon.
Vaincue, quatorze ans plus tôt, une fois encore, à Azincourt, la couronne légitime avait roulé à terre, où l'Anglais l'avait ramassée.
Aux obsèques du malheureux dément Charles VI, en 1422, seul le duc de Bedford, régent de France au nom du roi de Londres, avait mené le deuil, comme si l'odieux traité de Troyes et les manigances d'Isabeau de Bavière avaient fondé le droit.
Pour défendre l'héritage de Saint Louis, il n'y avait plus, perdu dans les roseaux de la Loire, que le petit jeune homme à la longue figure, timide et mélan­colique, que ses partisans eux-mêmes hési­taient à appeler autrement que « dauphin », et que ses ennemis nommaient le « roi de Bourges ».
Enfin, aux angoisses de la guerre étrangère s'ajoutait, pour accabler le pauvre peuple, l'affreux miserere de la guerre civile. Les Bourguignons, oublieux de leurs racines françaises, paraissaient sur le point de réaliser le rêve de leur duc, de se faire souverain en amputant le royaume, et, pour atteindre ce but, s'étaient constitués les collaborateurs de la domina­tion étrangère.

Tout semblait perdu, et sans la grâce de Dieu, tout l'eût été.

Cependant, au plus profond de ce peuple déchiré, pantelant, dans les couches les plus humbles et les plus malheureuses, un sentiment demeurait vivace, grandissant même avec les épreuves, le sentiment dynas­tique aussi solide que le sentiment religieux, avec lequel d'ailleurs il était intimement associé.
La noblesse, la bourgeoisie pouvaient bien mêler à leur intermittente fidé­lité maintes considérations d'intérêt et de politique : chez les paysans de France cette fidélité était comme un instinct, une passion haute et pure, d'une naïve et admirable simplicité.
Il n'y avait qu'un roi légitime, celui que serait Charles VII quand il aurait reçu le sacre, et c'était en lui que s'incar­nait cette idée, toute jeune encore mais déjà puissante, d'une nation unie par une tradition de gloire comme par une commu­nauté d'âme et de destin.
Pour cette idée combien de villageois obscurs risquaient leur existence, luttant contre l'Anglais qui, victorieux, brûlait leurs maisons, pendait les hommes, enterrait vives les femmes ! Dieu ne dédaigne point les instruments humains, et les moyens naturels sont sou­vent ceux dont il se sert pour que ses desseins s'accomplissent.
Ainsi dans un petit village « armagnac » du Barrois, que la guerre avait atteint comme tant d'autres, la volonté divine avait-elle fait surgir l'hé­roïne qui la mettrait en acte et que cet immense courant de fidélités et d'exigences préparait, sans l’expliquer.

maison natale de Jeanne

Jeanne, fille de Jacques d'Arc et d'Isa­belle Romée était bien, totalement, une fille du peuple de France, une paysanne amie des bons travaux.
Pour elle, combattre l'Anglais sera un travail comme un autre, le plus nécessaire et le plus malaisé. De ce peuple terrien elle avait le bon sens dru, le solide équilibre, la franchise tranquille et aussi une façon toute naturelle d'aimer les beaux habits, les riches armures et son épée, prompte à donner « bonnes buffes et bons torchons ».
Mais elle avait aussi, et surtout, cette foi sûre, droite à l'essentiel, qui laissera quinauds les matois théologiens acharnés à l'embarrasser dans leurs inter­rogatoires.
De ce peuple de France elle avait, depuis sa petite enfance, partagé les angoisses et les peines - son village natal de Domremy avait été bien souvent en proie à la terreur des routiers et des Bourgui­gnons - mais elle en portait dans son cœur l'espérance.
En elle, par elle, c'est à l'aspiration profonde d'une nation chré­tienne que le Ciel fit écho.

« Sauver le royaume de France » : il semblait bien, en janvier 1429, qu'aucune chance n'en existât plus.
Le sort des armes paraissait réglé : à Cravant et à Verneuil, cinq ans plus tôt, les deux dernières grandes armées au service du dauphin s'étaient fait mettre en pièces, et Orléans serait tombée, que Talbot investissait depuis l'automne précédent, la route du Midi serait ouverte à l'Anglais, qui donnerait la main à ses garnisons de Gascogne.
Nulle intervention humaine n’était concevable : le pape lui-même n'avait  rien fait  pour sauver la couronne de Saint Louis, sans - doute parce qu'il n'avait rien pu faire, tout occupé qu'il était, le courageux Martin V à remettre un peu d'ordre dans l'Eglise saccagée par le schisme, et d'ailleurs lui-même bien proche de la mort.
Mais ce n’est pas seulement pour les individus, c' est aussi pour les peuples, que le moment de la pire déréliction est d'ordinaire l'heure que ­Dieu se réserve.
Dans ce jardin « Rois-Chenu » où, pour la première fois l'archange saint Michel, escorté de sainte Marguerite et de sainte Catherine avait parlé à la petite bergère lorraine dans cette citadelle de Neufchâteau où il avait répété son ordre, c'était la France entière qui avait reçu la sommation de l’espérance.

Jeanne avait treize ans à peine, quand pour  la première fois, les voix  mystérieuses  avaient retenti à ses oreilles.
Dix-sept ans ou  dix-huit  quand, malgré son  humilité elle accepta de leur obéir et de tenter l’incroyable aventure.
Pour que se manifestât dans l'histoire, en un sursaut d’héroïsme et de grandeur, la jeune conscience d’une nation qui voulait vivre libre, la providence  prenait comme instrument une enfant.

« Quitte ton village, fille de Dieu et va en France ! Prends ton étendard et lève-le hardiment ! Tu conduiras le dauphin à Reims, pour qu'il y reçoive son digne sacre ! Tu délivreras la France des Anglais ! »
L'étonnant n'est pas tant qu’une ­jeune inspirée, accoutumée depuis son enfance à vivre dans le surnaturel par la prière, ait entendu en elle ces ordres étranges, ni même qu'elle les ait exécutés, mais bien davantage que son rayonnement, son autorité aient été si grands qu’elle ait pu convaincre, et que des hommes, peu enclins à mêler le miracle à leur politique ou à leur stratégie, se soient rendus à ses mystérieuses raisons.

Mais tout n'est-il pas étrange dans cette légende qui est de l'histoire ? L'accep­tation du brave Baudricourt, capitaine du roi à Vaucouleurs, qui avait commencé par bien rire de la bergère, mais ensuite lui donna cheval, épée, escorte ; la marche de la minuscule troupe, du Barrois à Chinon, à travers des contrées infestées d'ennemis, sans un incident, sans une bagarre, dans l'émotion croissante de tout un peuple ; le face à face de la petite paysanne et du prince, ce colloque dont le secret n'a jamais été percé, mais dont le résultat fuit d'asso­cier la couronne légitime à l'entreprise, en apparence folle, de la jeune Lorraine ; ce prodigieux sursaut enfin qui lança à la déli­vrance d'Orléans des troupes accoutumées à se faire battre, et les bourgeois mêmes de la ville pourtant presque résignés au pire ; tous les épisodes de cette geste laissent l'historien déconcerté comme devant l'appa­rition du surnaturel en plein travers des faits quotidiens.

Lorsque le 17 juillet 1429, dans la basilique de Reims pavoisée, le dauphin Charles eut reçu l'onction qui le faisait roi, la mission immédiate de Jeanne d'Arc était accomplie, celle dont elle disait qu'elle obéissait au « plaisir de Dieu ».
A la face du monde, elle affirmait que la France et l'Angleterre avaient, l'une et l'autre, à se connaître comme des nations différentes ; elle proclamait le droit de tout peuple à défendre, avec sa liberté, son âme même.
Le rêve des Lancastre était anachronique ; c'était la paysanne de Domremy qui se trou­vait d'accord avec le courant de l'histoire ; et c'est pourquoi, aujourd'hui, les Anglais, eux aussi, lui rendent hommage, sachant bien qu'en les fixant dans leur destin insu­laire elle leur a été bénéfique.
Mais, déjà, certains contemporains avaient compris le sens profond de cette étonnante entreprise, tel ce chroniqueur italien qui écrivait: «  Par cette jeune fille pure et sans tache, Dieu a sauvé la plus belle partie de la chrétienté ;ce fait est le plus solennel qui se soit produit depuis cinq siècles. » Il avait raison.

Et cependant ce serait singulièrement réduire la signification de Jeanne d'Arc que de limiter à l'accomplissement de cette tâche grandiose et nécessaire sa vocation.
Il lui a été ordonné de sauver la France « de par le roi du Ciel », c'est-à-dire dans les intentions chrétiennes.
La patrie, le royaume, le roi lui-même, ce sont bien, pour la vierge guerrière, des réalités qui ont à ses yeux plus de valeur que la vie, mais il est une autre réalité qui les prime toutes, parce que c'est d'elle seule que toutes procèdent : Dieu, le Christ, l'Eglise. «  Dieu premier servi ! » la devise de l'hé­roïne doit être comprise jusqu'à l'extrême de ses exigences. Tout, absolument tout, pour elle, s'ordonnait aux intentions de la justice, qui est amour.

Tel est le sens du patriotisme de Jeanne d'Arc.
C'est en Dieu qu'elle aimait la France, comme les saints ont aimé en Dieu les pauvres et les pécheurs, et, pré­cisément, elle l'aimait parce qu'elle la voyait misérable, déchirée, pécheresse, elle l'aimait d'un amour de rédemption.
Il n'y avait, dans cet amour, rien d'orgueilleux ni d'agressif ; elle n'a jamais parlé d'aller conquérir l'Angleterre, ni d'imposer à qui­conque sa domination.
Elle n'a jamais non plus pensé qu'en faisant ce qu'elle faisait, elle couvrait de gloire sa patrie et que ses prouesses lui donneraient des droits à com­mander aux autres.
Tout ce qu'elle réclamait pour son pays, pour son roi, comme pour elle-même, c'était une vie simple et humble, où il serait rendu à chacun selon son droit.
Elle se battait pour faire régner la justice de Dieu et pour nulle autre cause ;  « Dieu hait-­il donc les Anglais ? » lui demandera-t-on pour lui tendre un piège. Nullement. Il les aime autant que tout autre peuple, mais chez eux, selon l'équité, et non pas quand ils attentent aux libertés des autres.
Ce n'était pas tant les Anglais que Jeanne combattait, que l'injustice.
Aucune héroïne du champ de bataille ne s'est jamais mon­trée plus tendre, plus fraternelle à ses propres ennemis.

Ainsi, par-delà le but immédiat qu'elle visait, la libération de la France et la res­tauration du royaume en sa dignité, il y en avait un autre plus essentiel. Elle le connais­sait parfaitement, elle, la petite paysanne qui ne savait rien de la philosophie de l'histoire, elle le distinguait tout simplement avec les yeux de la foi. A plusieurs reprises, elle l'a désigné. Quand, par exemple, elle écrivait aux Anglais de Bedford sa fameuse lettre du mardi saint 1429 pour les inviter à quitter la France avant d'en être boutés hors, ou quand elle s'adressait au duc de Bourgogne le 17 juillet de la même année, ou encore - ce qui est plus étonnant - ­quand elle tançait dans une véhémente épître les hussites de Bohême, parce qu'elle avait entendu dire que leur guerre impie, née d'un sentiment patriotique exacerbé, déchirait l'Eglise ; en toutes circonstances sa conclusion était la même : il faut mettre fin aux luttes entre baptisés ; il faut unir toutes les forces chrétiennes en un seul fais­ceau pour servir le Christ ; il faut que tous travaillent d'un même cœur à la même entreprise.
Laquelle ? A cette unité recons­tituée, Jeanne proposait comme but formel la croisade, en quoi elle demeurait de son temps. Mais à travers le rêve du « grand passage », ce qu'elle concevait, c'était en réalité un nouvel ordre de la chrétienté, où chaque nation aurait sa mission propre à accomplir, mais où toutes seraient associées en une intention supérieure, celle dont tout chrétien formule quotidiennement le sou­hait : l'avènement du règne de Dieu.

L'atroce acharnement que les Anglais manifestèrent à se débarrasser de leur jeune adversaire s'explique par l'importance his­torique qu'avait sa mission.
Avec elle, la guerre avilit définitivement changé de mesure ; il ne s'agissait plus, comme il y en avait eu tant clans l'ancienne chrétienté, d'un de ces conflits féodaux où il importait peu que tel peuple trouvât un autre maître, car cela ne modifiait en rien le sens qu'il pouvait avoir de son propre destin ; désor­mais, il s'agissait d'une lutte, où une nation entendait défendre la vie que Dieu lui avait donnée, sa raison d'être que la Providence lui reconnaissait.
Et dans ces perspectives nouvelles d'une unité chrétienne  nouée dans la fraternité et la justice, les soldats de Henri VI n'étaient plus que des agres­seurs, portant atteinte à un principe sacré.
Il fallait donc discréditer celle qui incarnait visiblement le droit de la France à n'être pas un fief du royaume d'Angleterre, et le seul moyen de ruiner ce prestige de la jeune héroïne était d'en saper les bases surnatu­relles, celles qui, aux yeux du peuple, faisaient reposer sa vocation sur la volonté même de Dieu.
C'était assez facile, les gens d'Eglise se méfiant toujours d'abord des manifestations extraordinaires ; et le mys­tère qui entourait l'inspirée de Domremy  étant si opaque que rares furent les théologiens - Gerson, Gelu, archevêque d'Embrun, et les maîtres de Poitiers - qui osèrent en son temps affirmer l'authenticité religieuse de sa mission.
Dans une situa­tion aussi complexe, des juges ecclésias­tiques qui n'étaient pas tous indignes, manœuvrés peut-être par l'évêque de Beauvais, Cauchon, et quelques autres prélats politi­ciens, purent, au cours d'un procès inquisi­toire affreux, scrupuleusement juridique dans ses apparences, mais en réalité mené dans le seul dessein d'aboutir à la condamnation, travailler sans le savoir contre la foi chrétienne et les intentions divines.
Les hommes sont faillibles et il n'est pas donné à tous de discerner les voies par lesquelles la Providence veut poursuivre ses desseins.

Mais pour nous qui lisons dans leurs minutes les procès-verbaux des intermi­nables interrogatoires de l'hiver 1430 et du printemps 1431, ce qui s'impose à l'esprit c'est la certitude que toute cette grandiose aventure a un sens qui ne relève d'aucun déterminisme historique et qu'une volonté transcendante à celle des hommes s'y est manifestée.
L'enfant merveilleusement fine et simple, qui tint tête aux plus retors des théologiens, dont la foi s'affirmait en toute occasion, si pure et si prudente, totalement conforme aux enseignements de l'Eglise, il faut bien, pour qu'elle ait été telle, qu'une puissance surnaturelle l’ait guidée, que Dieu ait fait d'elle son instrument.
Et, à l'heure suprême, sur le bûcher d'iniquité où le 30 mai 1431, en la place du Vieux-Marché à Rouen, elle montera, de sa mission authen­tiquement divine elle fournira encore la preuve décisive en refusant de confondre ces prêtres iniques qui l'ont condamnée avec l'Eglise Mère, surnaturellement juste et infaillible, en proclamant jusqu'au bout sa fidélité au pape vers qui elle lance son dernier appel et en mourant dans un élan de foi si sublime que tels de ses bourreaux eux-mêmes en seront bouleversés.

Tel est le sens profond de la vocation de Jeanne d'Arc, sainte de la patrie fran­çaise, mais aussi sainte de la chrétienté.
De cette grande image qu'elle avait portée en elle, le proche avenir ne devait pas retenir la leçon.
Les peuples chrétiens, de plus en plus, se raidiront dans leurs droits, dans leurs égoïsmes, et, à l'unité fraternelle que souhaitait la jeune sainte, les antagonismes nationaux substitueront l'équilibre des forces, c'est-à-dire le chaos.
A elle du moins a-t-il été rendu justice ? En 1456, vingt-cinq ans après sa mort, elle fut réhabilitée, au cours d'un procès mené avec plus de soin qu'on ne le disait naguère, mais où, visi­blement, intervinrent des raisons politiques autant que religieuses, dans le climat nou­veau que la victoire de Charles VII sur l'Angleterre avait créé.

En 1920, l'Eglise lui a rendu un plus éclatant hommage en la canonisant. « Sainte Jeanne d'Arc, vierge » dit la liturgie de la fête ; mais, discutable théologiquement, le titre de « martyre » ne vient-il pas aux lèvres quand on pense à elle ? Car ce n'est pas seulement les péchés de la France que Jeanne la Pucelle prit sur ses épaules, mais ceux de la chrétienté infi­dèle et prête à se trahir.
Et son jeune sang fut versé, en définitive, pour témoigner de la plus profonde des vérités chrétiennes : qu'il existe, au-dessus des intérêts légitimes des peuples, un intérêt suprême auquel tous doivent se soumettre ; que, même en poli­tique, Dieu doit être « premier servi ».

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mercredi 11 janvier 2012

Jeanne d’Arc Par le pape Benoît XVI janvier 2011

 

 Benoît XVI, audience générale du mercredi 26 janvier 2011.

Je voudrais aujourd'hui vous parler de Jeanne d'Arc, une jeune sainte de la fin du Moyen-âge, morte à 19 ans, en 1431. Cette sainte française, citée à plusieurs reprises dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, est particulièrement proche de sainte Catherine de Sienne, patronne d'Italie et de l'Europe, dont j'ai parlé dans une récente catéchèse. Ce sont en effet deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l'Eglise et du monde de leur temps. Ce sont peut-être les figures les plus caractéristiques de ces «femmes fortes» qui, à la fin du Moyen-âge, portèrent sans peur la grande lumière de l'Evangile dans les complexes événements de l'histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent sur le Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l'avait renié trois fois. L'Eglise, à cette époque, vivait la crise profonde du grand schisme d'Occident, qui dura près de 40 ans. Lorsque Catherine de Sienne meurt, en 1380, il y a un Pape et un Antipape; quand Jeanne naît en 1412, il y a un Pape et deux Antipapes. Avec ce déchirement à l’intérieur de l'Eglise, des guerres fratricides continuelles divisaient les peuples chrétiens d'Europe, la plus dramatique d'entre elles ayant été l'interminable «Guerre de cent ans» entre la France et l'Angleterre.

Jeanne d'Arc ne savait ni lire ni écrire, mais elle peut être connue dans la profondeur de son âme grâce à deux sources d'une valeur historique exceptionnelle: les deux Procès qui la concernent. Le premier, le Procès de condamnation (PCon), contient la transcription des longs et nombreux interrogatoires de Jeanne durant les derniers mois de sa vie (février-mai 1431), et reporte les paroles mêmes de la sainte. Le second, le Procès en nullité de la condamnation, ou de «réhabilitation» (PNul), contient les dépositions d'environ 120 témoins oculaires de toutes les périodes de sa vie (cf. Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, 3 vol. et Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, 5 vol., ed. Klincksieck, Paris 1960-1989).
Jeanne naît à Domremy, un petit village à la frontière entre la France et la Lorraine. Ses parents sont des paysans aisés, connus de tous comme d'excellents chrétiens. Elle reçoit d'eux une bonne éducation religieuse, avec une influence importante de la spiritualité du Nom de Jésus, enseignée par saint Bernardin de Sienne et répandue en Europe par les franciscains. Au Nom de Jésus est toujours uni le Nom de Marie et ainsi, sur un fond de religiosité populaire, la spiritualité de Jeanne est profondément christocentrique et mariale. Depuis l'enfance, elle démontre une grande charité et compassion envers les plus pauvres, les malades et tous les souffrants, dans le contexte dramatique de la guerre.

De ses propres paroles nous apprenons que la vie religieuse de Jeanne mûrit comme expérience mystique à partir de l'âge de 13 ans (PCon, I, p. 47-48). A travers la «voix» de l'archange saint Michel, Jeanne se sent appelée par le Seigneur à intensifier sa vie chrétienne ainsi qu'à s'engager personnellement pour la libération de son peuple. Sa réponse immédiate, son «oui», est le vœu de virginité, avec un nouvel engagement dans la vie sacramentelle et dans la prière: participation quotidienne à la Messe, confession et communion fréquentes, longs temps de prière silencieuse devant le Crucifix ou l'image de la Vierge. La compassion et l'engagement de la jeune paysanne française face à la souffrance de son peuple sont encore renforcés par son rapport mystique avec Dieu. L'un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l'expérience mystique et la mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure s'ensuivent deux brèves, mais intenses années de sa vie publique: une année d'action et une année de passion.
Au début de l'année 1429, Jeanne entame son œuvre de libération. Les nombreux témoignages nous montrent cette jeune femme de 17 ans seulement, comme une personne très forte et décidée, capable de convaincre des hommes incertains et découragés. Surmontant tous les obstacles, elle rencontre le Dauphin de France, le futur roi Charles VII, qui à Poitiers la soumet à un examen mené par plusieurs théologiens de l'université. Leur avis est positif: en elle, ils ne voient rien de mal, seulement une bonne chrétienne.
Le 22 mars 1429, Jeanne dicte une importante lettre au roi d'Angleterre et à ses hommes qui assiègent la ville d'Orléans (ibid., p. 221-222). Sa proposition est une véritable paix dans la justice entre les deux peuples chrétiens, à la lumière des noms de Jésus et de Marie, mais elle est rejetée, et Jeanne doit s'engager dans la lutte pour la libération de la ville, qui advient le 8 mai. L'autre moment culminant de son action politique est le couronnement du roi Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429. Pendant toute une année, Jeanne vit avec les soldats, accomplissant au milieu d'eux une vraie mission d'évangélisation. Nombreux sont leurs témoignages sur sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté. Elle est appelée par tous et elle-même se définit comme «la pucelle», c’est-à-dire la vierge.
La passion de Jeanne débute le 23 mai 1430, lorsqu'elle tombe prisonnière entre les mains de ses ennemis. Le 23 décembre, elle est conduite dans la ville de Rouen. C'est là que se déroule le long et dramatique Procès de condamnation, qui commence en février 1431 et finit le 30 mai avec le bûcher. C'est un grand procès solennel, présidé par deux juges ecclésiastiques, l'évêque Pierre Cauchon et l'inquisiteur Jean le Maistre, mais en réalité il est entièrement guidé par un groupe nombreux de théologiens de la célèbre université de Paris, qui participent au procès comme assesseurs. Ce sont des ecclésiastiques français qui, ayant fait un choix politique opposé à celui de Jeanne, ont a priori un jugement négatif sur sa personne et sur sa mission. Ce procès est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté et également une page éclairante sur le mystère de l’Eglise, qui, selon les paroles du Concile Vatican II, est «à la fois sainte et appelée à se purifier» (LG, n. 8). C’est la rencontre dramatique entre cette sainte et ses juges, qui sont des ecclésiastiques. Jeanne est accusée et jugée par eux, jusqu’à être condamnée comme hérétique et envoyée à la mort terrible sur le bûcher. A la différence des saints théologiens qui avaient illuminé l’université de Paris, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux Duns Scot, dont j’ai parlé dans plusieurs catéchèses, ces juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune l’action de Dieu. Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme: ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte.

L’appel de Jeanne au jugement du Pape, le 24 mai, est rejeté par le tribunal. Le matin du 30 mai, elle reçoit pour la dernière fois la Communion en prison, et est immédiatement conduite au supplice sur la place du vieux marché. Elle demande à l’un de ses prêtres de tenir devant le bûcher une croix de procession. C’est ainsi qu’elle meurt en regardant Jésus Crucifié et en prononçant plusieurs fois et à haute voix le Nom de Jésus (PNul, I, p. 457; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 435). Environ vingt-cinq ans plus tard, le Procès de nullité, ouvert sous l’autorité du Pape Calixte III, se conclut par une sentence solennelle qui déclare nulle sa condamnation (7 juillet 1456; PNul, II p. 604-610). Ce long procès, qui recueillit les dépositions des témoins et les jugements de nombreux théologiens, tous favorables à Jeanne, met en lumière son innocence et sa parfaite fidélité à l’Eglise. Jeanne d’Arc sera ensuite canonisée par Benoît XV en 1920.
Chers frères et sœurs, le Nom de Jésus invoqué par notre sainte jusqu’aux derniers instants de sa vie terrestre, était comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie. Le «Mystère de la charité de Jeanne d’Arc», qui avait tant fasciné le poète Charles Péguy, est cet amour total pour Jésus, et pour son prochain en Jésus et pour Jésus. Cette sainte avait compris que l’Amour embrasse toute la réalité de Dieu et de l’homme, du ciel et de la terre, de l’Eglise et du monde. Jésus est toujours à la première place dans sa vie, selon sa belle expression: «Notre Seigneur premier servi» (PCon, I, p. 228; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 223). L’aimer signifie toujours obéir à sa volonté. Elle affirme avec une totale confiance et abandon: «Je m’en remets à Dieu mon créateur, je l’aime de tout mon cœur» (ibid., p. 337). Avec le vœu de virginité, Jeanne consacre de manière exclusive toute sa personne à l’unique Amour de Jésus: c’est «la promesse qu’elle a faite à Notre Seigneur de bien garder sa virginité de corps et d’âme» (ibid., p. 149-150). La virginité de l’âme est l’état de grâce, valeur suprême, pour elle plus précieuse que la vie: c’est un don de Dieu qui doit être reçu et conservé avec humilité et confiance. L’un des textes les plus connus du premier Procès concerne précisément cela: «Interrogée si elle sait d’être en la grâce de Dieu, elle répond: “Si je n’y suis, Dieu m’y veuille mettre; et si j’y suis, Dieu m’y veuille tenir”» (ibid., p. 62; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2005).

Notre sainte vit la prière sous la forme d’un dialogue permanent avec le Seigneur, qui illumine également son dialogue avec les juges et lui apporte la paix et la sécurité. Elle demande avec confiance: «Très doux Dieu, en l’honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m’aimez, que vous me révélez comment je dois répondre à ces gens d’Eglise» (ibid., p. 252). Jésus est contemplé par Jeanne comme le «Roi du Ciel et de la Terre». Ainsi, sur son étendard, Jeanne fait peindre l’image de «Notre Seigneur tenant le monde» (ibid., p. 172): icône de sa mission politique. La libération de son peuple est une œuvre de justice humaine, que Jeanne accomplit dans la charité, par amour de Jésus. Elle est un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles. La foi est la lumière qui guide chaque choix, comme témoignera, un siècle plus tard, un autre grand saint, l’anglais Thomas More. En Jésus, Jeanne contemple également toute la réalité de l’Eglise, l’«Eglise triomphante» du Ciel, comme l’«Eglise militante» de la terre. Selon ses paroles, «c’est tout un de Notre Seigneur et de l’Eglise» (ibid., p. 166). Cette affirmation, citée dans le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 795), possède un caractère vraiment héroïque dans le contexte du Procès de condamnation, face à ses juges, hommes d’Eglise, qui la persécutèrent et la condamnèrent. Dans l’Amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer l’Eglise jusqu’à la fin, même au moment de sa condamnation.
J’ai plaisir à rappeler que sainte Jeanne d’Arc a eu une profonde influence sur une jeune sainte de l’époque moderne: sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Dans une vie complètement différente, passée dans la clôture, la carmélite de Lisieux se sentait très proche de Jeanne, vivant au cœur de l’Eglise et participant aux souffrances du Christ pour le salut du monde. L’Eglise les a réunies comme patronnes de la France, après la Vierge Marie. Sainte Thérèse avait exprimé son désir de mourir comme Jeanne, en prononçant le Nom de Jésus (Manuscrit B, 3r), et elle était animée par le même grand amour envers Jésus et son prochain, vécu dans la virginité consacrée.
Chers frères et sœurs, avec son témoignage lumineux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne: faire de la prière le fil conducteur de nos journées; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’Amour de Jésus un profond amour pour l’Eglise. Merci.

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jeudi 16 février 2012

Principales étapes des procès de béatification et de canonisation

Les règles de canonisation ont souvent changé au cours des siècles.
Actuellement, la Constitution apostolique du 25 janvier 1983 DIVINUS PERFECTIONIS MAGISTER a fixé la procédure à suivre dans les enquêtes pour les causes des saints qui seront faites à l'avenir par les évêques et ce document a été précisé par l’instruction Sanctorum Mater du 17 mai 2007.

Ces documents montrent bien qu’il s’agît d’une procédure complexe.
La rigueur est nécessaire dans l’étude de ces causes.
Voici ci-dessous les grandes lignes des étapes d’un procès de béatification et canonisation, sans rentrer dans les détails et cas particuliers.

Débuts d’une cause :

N’importe quel fidèle chrétien ou une association de fidèles peut demander à l’évêque du lieu la béatification d’une personne décédée ayant une réputation de sainteté, au plus tôt cinq ans après la mort de celle-ci.

Lorsque cette demande est acceptée par l’évêque, une enquête préliminaire est réalisée. Le requérant appelé acteur choisit, avec l’accord de l’évêque, un postulateur chargé de promouvoir la cause.

L’évêque adresse à Rome, à la Congrégation pour les Causes des Saints (CCS), un document présentant la personne et l’intérêt que pourrait avoir sa béatification.

Après avoir reçu le « nihil obstat » du Saint Siège, (c’est-à-dire « aucun empêchement » à l’ouverture de cette cause), c’est à l’évêque que revient le rôle de procèder à l’ouvertue officielle de la cause en signant le libellé de requête  « Supplex Libellus » à la demande du postulateur.
 Mais avant de signer la supplique, l'évêque consulte  les évêques de la région sur l'opportunité d'introduire cette cause.
La personne dont la cause de béatification est ouverte officiellement est alors appelée « serviteur de Dieu ».
Dans le cas où l’évêque interromprait l’étude de la cause, l’appellation de « serviteur de Dieu » ne serait plus utilisée.

Enquête diocésaine :

L’enquête diocésaine officiellement ouverte, un tribunal est constitué avec notamment le postulateur et un promoteur de justice chargé de vérifier la validité des documents et la pertinence de l’argumentation.
Le tribunal enquête sur la vie, les vertus et la réputation de sainteté du serviteur de Dieu.
Il procède à l’interrogatoire des témoins qui déposent sous serment.

L’enquête diocésaine terminée, ses travaux sont envoyés à la CCS à Rome.

La CCS à Rome procède en plusieurs étapes :

  • Ouverture du dossier

  • Après une étude des éléments du dossier est signé par le préfet de la CCS un décret de validité du procès diocésain

  • Après une étude approfondie du dossier par des experts en lien avec le postulateur, le préfet de la CCS peut proposer  au pape de signer
        - le Décret sur l’héroïcité des vertus le serviteur de Dieu a alors le titre de Vénérable.
        - ou la reconnaissance du martyre. Le serviteur de Dieu peut alors être directement béatifié

  • Pour pouvoir être béatifié, un miracle doit être reconnu par l’Eglise (non nécessaire pour les martyrs).
    Une nouvelle enquête est faite sur le présumé miracle avec l’aide de médecins, s’il s’agit d’une guérison.
    Le préfet de la CCS peut alors proposer au pape de signer le décret de reconnaissance de miracle.
    Leserviteur de Dieu est alors « béatifiable ».
     
  • Sur proposition du préfet de la CCS, le pape, s’il l’estime opportun, peut signer le décret de béatification et fixer une date pour la béatification. Depuis septembre 2005, ces béatifications ont lieu dans le diocèse d’origine.
    le serviteur de Dieu reçoit alors le titre de  Bienheureux.

           Le bienheureux a droit à un culte local dans son diocèse ou sa congrégation.

De la béatification à la canonisation :

  • Pour que le serviteur de Dieu puisse être canonisé, un deuxième miracle doit être reconnu et celui-ci doit avoir eu lieu après la béatification.
    Une nouvelle enquête diocésaine est alors ouverte sur le miracle présumé.
    Les documents sont envoyés à Rome, et après étude par la CCS,  c’est le pape qui doit à nouveau signer le décret de reconnaissance du miracle sur proposition du préfet de la CCS.

      - Voici un exemple avec la bienheureuse Elisabeth de la Trinité

  • Après la reconnaissance du second miracle, le pape peut décider de signer le décret de canonisation.
     Après la canonisation, qui se fait toujours à Rome, le serviteur de Dieu sera alors appelé Saint.

         Un saint a droit à un culte dans le monde entier.

Remarque : Le pape a le droit de ne pas respecter ces procédures habituelles, voir l'article suivant sur les "canonisations équipollentes" et la canonisation de JeanXXIII

 

 

dimanche 19 février 2012

Canonisations de français de 1982 à 2000

2000  Léon Mangin (1857-1900) religieux jésuite martyr en Chine

           Rémi Isoré de Rosheom (1852 -1900) jésuite martyr en Chine

           Paul Denn (1847-1900) religieux jésuite martyr en Chine

           Modeste Andlauer (1847 1900) religieux jésuite martyr en Chine

 1999 Marcellin Joseph Benoît Champagnat (1789-1840) religieux fondateur

1996 Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840) religieux lazariste, martyr en Chine voir ici


1995 Eugène de Mazenod (1782-1861) évêque de Marseille, fondateur O.M.I. voir ici


1993 Claudine Thévenet (1774-1837) religieuse fondatrice


1992 Claude La Colombière (1641-1682) religieux jésuite

1988 Augustin SCHÖFFLER(1822-1851) prêtre MEP martyr au Vietnam

          Etienne Thèodore CUENOT(1802-1861) évêque MEP martyr au Vietnam

          Pierre François NERON (1818-1860) prêtre MEP martyr au Vietnam

          Pierre BORIE (1808-1838) évêque  MEP martyr au Vietnam

         François Isidore GAGELIN (1799-1833) prêtre MEP martyr au Vietnam

         François JACCARD (1799-1838) prêtre MEP martyr au Vietnam

         Jean Louis BONNARD (1824-1852) prêtre MEP martyr au Vietnam

         Jean Théophane VENARD (1829-1861) prêtre MEP martyr au Vietnam

         Jean Charles CORNAY (1809-1837) prêtre MEP martyr au Vietnam

         Joseph MARCHAND (1803-1835) prêtre MEP martyr au Vietnam                  

       Rose-Philippine Duchesne (1769-1852) religieuse missionnaire aux E.U.

1987 Guillaume COURTET (+ vers 1637) religieux dominicain martyr au Japon

1984 Antoine Devaluy (1818_1866) évêque MEP martyr en Corée

          Laurent IMBERT (1796-1839)évêque MEP martyr en Corée

          Louis BEAULIEU (+1866) prêtre MEP martyr en Corée

          Martin HUIN (1836-1866) prêtre MEP martyr en Corée

          Pierre AUMAITRE (1837-1866) prêtre MEP martyr en Corée

          Pierre MAUBANT (1803-1839) prêtre MEP martyr en Corée

          Henri DORIE (1839-1866) prêtre MEP martyr en Corée

          Just Ranfer de Bretenières (1838-1866) prêtre MEP martyr en Corée

          Siméon BERNEUX
(1802-1866) évêque MEP martyr en Corée

1982 Marguerite Bourgeoys (1620-1700) religieuse fondatrice au Canada

         Jeanne Delanoue
(1666-1736) religieuse fondatrice

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mercredi 22 février 2012

H.U.V. Balthasar : L’existence des saints est de la théologie vécue

 

Les grâces de vie des saints, qui d’après saint Paul, sont eux-mêmes des charismes et donc des fonctions du corps mystique, lesquelles ne peuvent pas être dépourvues d’une profonde teneur théologique.

Les saints ne nous sont pas accordés pour que nous les admirions bouche bée, comme des hommes extraordinaires, capables de réalisations héroïques, mais afin que nous recevions en eux des illustrations de la vie intérieure du Christ, tant pour notre intelligence de la foi que pour notre vie de foi dans l’amour.

Martin Buber a raison de dire : «  La vie de tels hommes requiert un commentaire théologique pour lequel leurs  propres paroles constituent une contribution, mais une contribution toute fragmentaire » (Chassidische Botschaft 1952,33) qu’il nous incombe de compléter.

L’existence des saints est de la théologie vécue.

Qu’ils l’aient eux-mêmes plus ou moins expressément interprétée, ou qu’ils aient même eu à le faire, est pratiquement sans importance ; mais celui qui les regarde est en droit de toujours supposer, quand il s’agit de missions qualifiées, qu’est montré ici bien davantage qu’un quelconque exemple supplémentaire d’une réalité déjà connue de toutes façons.

(…) Que la Révélation objective soit terminée avec la mort des Apôtres ne signifie pas en effet que dans l’Eglise des saints ne se produise rien qui de ce qui concerne la Révélation : si les miracles de l’absolution et de la consécration s’opèrent en permanence, actualisant, au milieu de l’Eglise, la présence toujours nouvelle de l’événement de Golgotha et de Pâques, comment en serait-il autrement  de l’actualisation de l’existence théologique du Seigneur dans l’existence de ses fidèles et de ses saints ?

« Théologie et sainteté, Introduction à H.U.V. Balthasar »
 par Mgr Philippe Barbarin, éd. Parole et silence 1999, p 118

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jeudi 23 février 2012

Sainte Germaine : Parole de Dieu

 

« L’existence des saints est de la théologie vécue », écrit le cardinal Urs Von Balthasar dans un article  Théologie et sainteté publié en 1948.
Le pape Jean Paul II reprendra cette expression de «  théologie vécue des saints » dans sa lettre pour le nouveau millénaire.
Bien que la Révélation soit achevée depuis les apôtres,  Dieu continue à se révéler, à se faire connaître à travers ses saints.

Qu’en est-il de  sainte Germaine ?

Elle n’a  fondée ni ordre ni œuvre, elle n’a pas été religieuse ;
Elle ne nous a pas laissé d’écrits ni de paroles fortes, elle n’a pas eu d’apparition, aucune activité directement missionnaire, elle  n’a pas versé son sang.
Elle a été simplement  une jeune bergère, illettrée, souffreteuse, mal aimée.
On la retrouve morte de misère sous l’escalier de la bergerie, on l’enterre et on l’oublie.
Pas de reconnaissance de sainteté, d’ouverture de procès de canonisation, aucun écrit de ses contemporains ne parle d’elle.
 Humainement, c’est terminé.

Mais la Providence ne l’entend pas ainsi.
44ans après, et c’est long, Dieu permet que son corps soit retrouvé intact.
Les personnes âgées de  la commune se souviennent que cette jeune fille était douce et pieuse, aimait la messe, était maltraitée mais partageait le peu qu’elle avait avec  plus pauvre qu’elle.
On la prie, des guérisons s’opèrent.
Longtemps après, on pense à demander sa canonisation.
Après une longue enquête, et au vu de sa grande fécondité, elle est reconnue bienheureuse puis sainte par l’Eglise.

Ce qui est manifeste dans le cas de sainte Germaine, c’est que c’est par une intervention directe de Dieu à travers  la conservation et la découverte de son corps, que  l’Eglise a pris conscience de la sainteté de cette jeune fille.
Il est clair que Dieu n’a pas voulu que cette sainteté reste cachée.
Par la vie de Germaine Dieu veut nous donner un enseignement  sur Lui-même, sur notre vocation et sur le sens profond de la vie humaine.

-          Tout d’abord, Dieu nous montre qu’une vie des plus modestes, sans le moindre éclat, peut être à ses yeux d’une grande richesse.
Il n’attache pas d’importance à l’apparence, à la position sociale, aux revenus, mais ce qui compte pour Lui, c’est la qualité de l’amour avec  lequel  nous accomplissons notre devoir d’état, même dans les activités les plus ordinaires.
Pour Dieu, aucune action n’est banale, si elle est faite avec amour.

-          Nous souhaitons tous réussir notre vie, apporter notre petite pierre, être utile aux autres : bref, avoir une certaine fécondité.
La vie de Germaine nous montre que les tâches de la vie quotidienne faites en union avec Dieu peuvent être source d’une très grande fécondité.
Pour réussir notre vie, il ne s’agît pas de chercher à faire des choses compliquées, qui sortent du commun mais simplement «  fleurir là où on est semé » selon l’expression de saint François de Sales, contemporain de Germaine. 

-          La vie de Germaine illustre donc de manière particulière, le sens profond de la vie humaine, de chaque vie humaine ou encore « le haut degré de la vie chrétienne ordinaire » comme aimait le dire Jean Paul II.
Par elle, nous touchons du doigt le désir de Dieu de s’unir à chaque personne et de lui donner une grande fécondité indépendamment de la réussite humaine apparente.
Cette vie de Germaine qui semble un échec à première vue, est en fait une merveilleuse réussite : elle est Parole de Dieu.

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